mercredi 23 novembre 2016

Le facteur humain dans l'usine du futur (10)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur.

23 novembre 2016. Colmar. Dans la zone industrielle, Liebherr. C’est ici que le Groupe de travail « Facteur humain dans l’usine du futur » s’est donné rendez-vous pour cette dixième session.

Franck Keiffer (Liebherr) accueille les participants et leur présente le groupe Liebherr. Franck est le responsable RH de Liebherr France qui appartient à la division Terrassement, l’une des onze divisions du groupe. Installé à Colmar depuis 1961, le groupe Liebherr compte aujourd’hui trois sites de production à Colmar, dont celui de Liebherr France SAS qui couvre 37 hectares sur lesquels sont installés neuf halls de production et un bâtiment administratif.

Liebherr France fabrique des pelles hydrauliques sur chenilles dans la gamme des 20T - 100T. Les pelles minières sont assemblées sur le site de Liebherr Mining, à côté de l’aérodrome de Colmar-Houssen. Les pelles sont conçues et fabriquées à Colmar qui est le seul site en Europe à produire ces engins. La fabrication des composants fait appel aux métiers de la découpe, du soudage, de l’usinage et de la peinture. Le montage des pelles nécessite des connaissances en mécanique, hydraulique et électronique.

Stephan Kohler (Liebherr) est chef de projet. "On est en train de mettre en place la 3ème génération de panneau d’information, basé sur le lean. Dans le chantier pilote, on revient sur la communication de terrain avec des indications au jour le jour. Avant, on le faisait entre chef de service et contremaître. Maintenant, on le fait avec tous les acteurs opérationnels, porté par les chefs d’équipe. La différence, c’est que le contremaître a suivi l’école du lean de l’ECAM et il est particulièrement bien armé pour former et motiver les chefs d’équipe."

C’est justement ce qu’explique aux membres du groupe de travail Vladan Stankowic (Liebherr), responsable d'une des équipes qui fonctionne en 3x8. "On a commencé en début d'année. Avant, le passage des consignes était plus individuel. Aujourd'hui, l'approche par équipe est plutôt positive pour partager une vision commune et une dynamique d'équipe collective. Les opérateurs sont satisfaits du passage des consignes et des informations. Et comme c'est visuel, ils comprennent beaucoup mieux ce qu'ils font, ce qui va, et ce qui doit être amélioré. On s'en rend compte quand on a oublié un chiffre : les gens viennent nous voir pour nous en informer. Pareil si nous affichons une photo pour sensibiliser les équipes sur un point d’attention. Ça prouve bien que les gens suivent cet affichage dynamique."

Franck insiste. "Ça marche parce qu’un nouveau contremaître et un responsable d’équipe ont pris leur poste et ont eu une vraie envie de se former." Même constat pour Bernard Lambert (Wanzl), qui est passé par Hager. "Chez Hager, toutes les personnes ont été formées : des responsables aux opérateurs. C’était une priorité pour l’entreprise. Il faut aussi qu’une personne référente fasse vivre cette formation et accompagne les différents services sur le terrain lors du déploiement du lean." Stephan enchaîne : "Nous avons aussi formé les représentants du personnel." Bref, une approche globale qui satisfait pleinement Franck : "La direction Production de Liebherr France a aujourd’hui décidé de déployer largement cette démarche lean."

A la sortie de cette longue visite et, après leur pause de midi, place au rapport d’étonnement des participants. Philippe Klein (SEW Usocome) a été particulièrement attentif à cette visite des lieux. Ses remarques portent sur l’état des encours dans l’atelier et le manque de visibilité sur l’avancement de la fabrication, par rapport aux standards habituels du lean. "J’ai vu énormément de stock, ce qui veut dire que vous avez une énorme richesse interne. Ça fait beaucoup d’argent dormant. Vous ne pouvez donc qu’optimiser votre démarche." Philippe poursuit : "Pour le lean, vous devriez construire votre démarche. Nous, on était imprégné de la culture japonaise et de Toyota en particulier. Pour les Japonais, l’homme devient une vraie richesse. Aujourd’hui, beaucoup de consultants vendent du lean en promettant un gain à court terme. En fait, il ne faut attendre un résultat à moyen terme, car il y a beaucoup de temps pour l’expliquer et rassurer les salariés avant de le mettre en œuvre. Mon conseil : construisez votre propre système de production." Des remarques que Stephan et Franck écoutent attentivement. "On sait qu’on peut encore s’améliorer, explique Franck. Une démarche va être entamée au niveau managérial." Et Philippe de conclure : "L’expérience montre que le lean marche comme un virus et rencontre plein de résistance. D’où l’importance du facteur humain, à commencer par le sponsoring du top management !"


Atelier « Rémunération »


Franck Keiffer présente les avancées de l'atelier qu'il anime. "On a mis en place un système de classification des fonctions avec une fourchette de salaires mini-maxi pour le personnel ouvrier. Cette classification s’est faite en évaluant les compétences mises en œuvre dans les différentes fonctions. Les évolutions de rémunération se font en fonction de l’acquisition et du développement des compétences du salarié. Peu importe la méthode de calcul des salaires, l’essentiel est de savoir expliquer les écarts : performance ; compétences ; expérience/âge. Les entretiens doivent aussi être mieux documentés." Remarque de l’un des participants : "Dans la métallurgie, on a l’ancienneté qui permet d’équilibrer en partie les salaires."

Philippe Klein explique la démarche menée au sein de SEW. "On a procédé, en commission interne, à la cotation des postes de travail suivant la grille de cotation de l’UIMM. Une fois cette classification faite, nous avons établi par classification UIMM une grille de salaire. Pour le mérite, hormis la notion de performance, nous tenons également compte du comportement. Le tout a plutôt bien marché et donné satisfaction à ce jour." Franck insiste : "Il faut savoir parler de rémunération et ne pas avoir peur d’en parler. Les gens sont souvent insatisfaits par manque d’information. Une fiche annuelle décrivant la rémunération globale annuelle, avec l’ensemble des différents postes et avantages divers, permet de mieux communiquer." Pour Bernard Bloch (EDF), "il faut aussi savoir expliquer pourquoi le salarié ne reçoit pas de prime. Souvent, seul le gain d’une prime est expliqué. Ça fait partie du rôle d’accompagnement du manager, du coach. Comme dans une équipe sportive, où le coach explique au joueur pourquoi il n’est pas convoqué pour le match suivant." Un sentiment partagé par Etienne Wathle (Alpaci). "Oui, il faut bien avoir un cadre, une grille. Mais aujourd’hui, les technologies et l’autoformation ont changé la donne. Des jeunes sont parfois plus compétents que des anciens."

"Souvent on estime que le salaire est un critère de motivation, explique Mathieu Greffe (Wolfberger). Or, ça n’a un effet que provisoire. Le salarié l’estime comme un dû au bout de trois mois." Ce à quoi son collègue Rabah Slimani (Wolfberger) rétorque que "la jeune génération est capable d’entendre un argumentaire."

Franck, Bernard et Mathieu ont effectué de nombreuses visites d’entreprises ces derniers mois pour comprendre comment elles étaient entrées dans leur démarche d’usine du futur. "Et dans toutes les visites qu’on a faites, la question salariale n’est en effet pas primordiale", résume Franck. Pour Philippe, la démarche est aujourd’hui collective et pose de nouvelles questions. "Sur la base de la classification UIMM et de la grille de salaire se rajoute jusqu’à 15% d’ancienneté. Les AG sont fixées en général au taux de l’inflation +1%. La part mérite est fixée à 1% de la masse salariale. Il est donné aux managers pour valoriser leur équipe. Le système fonctionne toujours et ceci depuis plus de 25 ans. Aujourd’hui, les syndicats souhaitent plus de transparence quant aux critères d’attribution du mérite, car ils considèrent que ce sont toujours les mêmes qui reçoivent. Avec le projet de la nouvelle usine de Brumath, et compte tenu de la désorganisation générée, le mérite a été partagé entre tous, à la demande des syndicats. Ça satisfait la majorité, mais les jeunes en début de carrière s’estiment lésés." Et Etienne de conclure : "Il n’y a pas de règle immuable et il faut savoir créer régulièrement des dynamiques nouvelles en matière de rémunération."


Dans le cadre de l’APM, Anne Boileau (Meca-Service) a rencontré Jean-François Zobrist, ancien dirigeant de FAVI, qui a mis en place et un système de production que Isaac Getz a depuis appelé entreprise libérée.


"Son modèle, que l’on retrouve facilement sur Internet, a inspiré de nombreuses entreprises, dont Sew Usocome qui a développé son propre modèle Perfambiance. Le modèle est basé avant tout sur la confiance. Il est développé par et pour le client, au centre des mini-usines. Et c’est l’ouvrier heureux qui rend le patron heureux et l’actionnaire heureux. Pas de performance sans bonheur ! Mais il faut encadrer la liberté par deux valeurs limites, régies par le principe : Aime ton prochain comme toi-même ! Et ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ! (chez FAVI : l’homme est bon, et quoique je fasse, cela doit servir l’amour de mon client, interne ou externe).

Revenons sur les circonstances de la mise en place progressive du système FAVI. Jean-François Zobrist a déjà passé quatre mois dans le site de production pour observer et pouvoir mettre en place, petit à petit, des actions d’améliorations, en prenant la direction de FAVI dans les années 1970, avant d’en devenir le dirigeant. Durant cette phase, il a pu comprendre et il a commencé par des actions concrètes améliorant le quotidien. Comme dirigeant, il a cassé les cloisons, physiquement et dans l’organisation, en supprimant les fonctions support, sauf le bureau d'études qui reste une équipe autonome. Il a mis en place une organisation autour de mini-usines, avec des leaders cooptés par leurs collaborateurs, tout en mettant au centre le client : 1 agent qualité, 1 commercial et 1 leader élu par l’équipe et coopté suite à une annonce. Il a mis en place les outils d’amélioration, apportés notamment par la culture automobile des années 1980, (statistique, kaizen, .. ). Le but est de pérenniser l’entreprise et créer des emplois et, pour cela, l’indicateur que FAVI utilise est le cash flow, en créant un compte de résultat chaque mois. La mise en place de ce modèle a reposé sur Jean-François Zobrist dans les années 80. Si les principes fonctionnent, le modèle doit être adapté à chaque entreprise, au passé, au métier, à la région, et aux années : les années 2010-2020 sont différentes des années 1970-80-90. Plusieurs crises sont passées depuis 1980 ! Les outils ne sont plus les mêmes, les règles du travail et les motivations des salariés ne sont pas les mêmes. Les moyens de communications ont évolué et le monde a changé."
Philippe complète cet exposé d'Anne. "Chez SEW, l'esprit fonctionne : responsabiliser les personnes à ce qu’ils font et donner du sens à cela. Mais, il faut faire entrer les clients dans chaque mini-usine et responsabiliser les managers à la performance, mais aussi à l’ambiance. Pour ce faire, un compte exploitation de la mini-usine a été créé,ainsi qu’un référentiel de management. Les fonctions supports locales viennent en soutien aux managers de mini-usine, sur appel, en fonction des besoins exprimés par le manager de la mini-usine. Il n'y a donc pas de contraintes liées à l’organisation. Pour le reste des indicateurs, le manager les définit en fonction de son besoin du moment."


Comment réussir votre industrie du futur ? Tôt ou tard, un hacker va piquer les data pour agir en votre défaveur.


Stephan a participer récemment à une rencontre avec Carmen Muller, la nouvelle responsable territoriale Grand Est du CETIM, le Centre technique des industries mécaniques. "Comment réussir votre industrie du futur ? Tôt ou tard, un hacker va piquer les data pour agir en votre défaveur. C’est avec cette image que l’intervenant Pierre-Marie Gaillot (CETIM) illustre les changements à venir dans nos relations client-fournisseurs actuelles. Si on ne s’intéresse pas aux flux de données qui circulent, on risque de perdre des parts de marché suite à l’émergence d’un nouveau service ou d’un nouveau produit dérivé de notre activité actuelle.

Pour aborder ce chantier de l’Industrie du Futur, nous avons utilisé la grille de lecture proposée par le CETIM (les 8 leviers de l’Industrie du Futur). Par rapport à ces 8 grands chapitres, on s’est rendu compte que Liebherr France était déjà bien avancé sur certains sujets. En complément, grâce au diagnostic «Scan Industrie du Futur» de la CCI, j’ai pu faire un spectre des domaines où nous sommes encore en retard. Ça me donne des pistes à travailler. L’idée n’est pas d’être bon sur tous les critères mais de savoir où nous en sommes pour prioriser nos projets.

Beaucoup de monde était présent à ce rendez-vous de la mécanique, avec une quarantaine de participants nous avons dû en refuser une bonne vingtaine de demandes d’inscription. Mon sentiment personnel est que nous avons communiqué sur le niveau technologique de nos produits et de nos moyens de fabrication qui cadre avec le référentiel de l’industrie du futur. Mais il nous reste encore un gros travail à faire pour avancer sur les thèmes moins technologiques. Le GT Facteur humain doit nous permettre de faire progresser Liebherr France sur ces sujets."

Une analyse partagée par Franck. "Le facteur humain sera aussi important que nos choix de robotisation. Sinon, on va passer à quelque chose d’important et si l’humain n’est pas pris en compte, on va créer des tensions." Une nécessité que précise Bernard : "Que ce soit dans la démocratie citoyenne ou dans les entreprises, vouloir libérer les énergies des citoyens et des salariés suppose de savoir animer des réunions collaboratives, avec des facilitateurs formés à cet effet. C’est un bon moyen de mettre en mouvement des communautés de pratique autogérées, à l’instar de ce groupe de travail sur le facteur humain."


La suite de l’après-midi a permis au groupe de commencer ses échanges autour de l’open innovation


Etienne Wathle (Alpaci) et Georges Cierzniak (Spirotec) expliquent que "le maillage entre PME est un moyen de rupture pour aller vers l’usine du futur et que l’open innovation permet à des offreurs de solution d’apporter de réelles solutions à des PME et des industries. Mais tout le monde court vers la personnalisation du produit, comme l'explique Philippe. "La vraie question est : comment nous, les industriels, allons-nous répondre à ce besoin croissant de personnalisation, ceci d’un point de vue conception, mais aussi et surtout production ? Il est fondamental dans ce contexte de se focaliser sur ce qui freine ou empêche la fourniture demandée dans un délai court."

Les participants en conviennent, l’open innovation commence par savoir écouter les clients qui font souvent des propositions. Une évidence pas si simple apparemment, comme le souligne Bernard : "L’open innovation doit aussi être interne. Ici, le problème est souvent culturel : le Français et particulièrement les Alsaciens ont parfois du mal à accepter que d’autres puissent des idées plus intéressantes que les leurs."
Comment le facteur humain peut favoriser l’open innovation ou quels facteurs humains freinent l’open innovation ? Est-ce que l’innovation est un facteur clé de succès ? Pour tous, l’industrie du futur, pour exister demain, devra innover.

Mais l’heure tourne est les participants décident d’y revenir lors de leur prochaine session prévue chez Wanzl, à Sélestat.


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vendredi 14 octobre 2016

Le facteur humain dans l'usine du futur (9)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur.

Rendez-vous à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Colmar pour cette neuvième session de travail.

En ce 14 octobre 2016, la météo des participants est toujours au beau fixe. En résumé, tous sont à la bourre mais toujours heureux de se retrouver pour travailler sur cette question du facteur humain. D’autant plus que ce thème reste le parent pauvre du sujet tendance de l‘usine du futur.

Le groupe accueille le retour de SEW Usocome, et c’est Philippe Klein, Manager du pôle innovation et Lean Manager, qui intègre le groupe de travail. Arrivé en 1989 dans l’entreprise, il a participé depuis l’origine à la construction du projet Perfambiance qui a contribué à faire de SEW la vitrine française de l’usine du futur. "En 1998, j’ai eu la chance de participer activement à la mise en place et au déploiement de la démarche Lean, partie intégrante de Perfambiance, au même titre que le référentiel de management. Je gère l’animation du système de production pour les 3 usines françaises de SEW Usocome, son déploiement et les formations relatives. Je gère aussi la l’innovation-processus, qui est le prolongement de nos chantiers d’amélioration et nous permet de concevoir et réaliser de nouveaux processus pour améliorer notre fonctionnement. C’est le processus qui définit les moyens, et pas le contraire. C’est l’association des parties prenantes qui permet d’obtenir des résultats pérennes."

Comment est-on passé à l’entreprise qui libère les énergies ?


"Il faut comprendre que l’acte de produire est un flux financier au quotidien, explique Philippe. Toutes les fonctions supports sont là pour aider à l’acte de produire. Deux types de fonctions supports sont à distinguer : les fonctions supports qui travaillent sur la production quotidienne, comme la maintenance ; et celles qui sont dans la préparation de l’avenir. Du coup, nous sommes organisés par mini-usine, chacune gérant un flux de production continu. Sur l’ensemble des sites, nous avons aujourd’hui une trentaine de mini-usines. Pour chacune, un manager de mini-usine (MMU) gère une organisation horizontale de 30 à 50 personnes et fait appel à des fonctions supports usine ou centrale pour l’aider à progresser. Chaque MMU, dont l’objectif est la satisfaction de son client, a une forme de compte d’exploitation qui lui donne un degré d’autonomie d’animation de ses équipes entre les inputs (les coûts) et les outputs (valeur ajoutée générée). Le management de chaque MMU est régulièrement audité."
La session du groupe de travail est ensuite consacrée à un point d’avancement des sous-groupes de travail organisés en ateliers.


Atelier "Entrer dans la démarche"


Le sous-groupe s’est réuni chez Liebherr et a affiné les étapes constatées pour entrer dans la démarche, ainsi que les arguments et points d’attention. Les autres membres du groupe de travail interviennent et soulignent qu’il serait intéressant de pouvoir décrire aussi un processus pour les plus petites entreprises, de moins de 50 personnes. Bernard Bloch, EDF, les rassurent en leur expliquant que c’est prévu et qu’une rencontre est notamment en cours d’organisation chez Divalto, une entreprise de service qui est un acteur majeur de la French Tech Alsace et qui s’est récemment réorganiser en favorisant la transversalité interne et l’open innovation avec ses partenaires.

Jean-Philippe Bootz est responsable de la chaire Management des connaissances, qu’il anime au sein de l’École de management de Strasbourg. Il est également l’un des experts reconnus de l’étude des communautés de pratiques. C’est à ce titre qu’il a été invité à participer à ce groupe de travail sur le facteur humain. Passé d’observateur à membre à part entière du groupe de travail, il apporte un éclairage d’enseignant-chercheur qui favorise l’autogestion du groupe. "Comment je crée une structure pilotée au départ ? Puis comment j’introduis de l’autonomie pour que la communauté continue de vivre et de développer son auto-fonctionnement sur les projets ? L’approche de ce groupe de travail initié par la CCI Alsace est unique en France. Et la question intéresse bigrement les PME-PMI qui sont elles aussi confrontées à cette recherche d’information."


Atelier "La libération de nos entreprises"


Point-étape sur les expérimentations en cours de développement.

Expérimentation chez Liebherr

Des contacts ont été pris avec Alsace Tech, le réseau des grandes écoles d’ingénieurs et de management d’Alsace, pour mieux cerner les outils de formation continue existant dans le bassin alsacien pour favoriser la culture et les expertises vers l’usine du futur. Dans l’usine de Colmar, les réflexions avancent pour mobiliser l’ensemble des salariés. "A quelque niveau que ce soit, on veut procéder par étape pour que tous les salariés puissent avancer à un rythme plus court-termisme avec des succès et des retours d’expérience", explique Franck Keiffer, responsable RH.

Expérimentation chez N.Schlumberger

Mathieu Rollet, Directeur industriel du site de Guebwiller, précise les avancées depuis la dernière session organisée dans son usine. "On a défini 30 groupes de travail transversaux et on veut que chaque salarié participe au moins à un groupe de travail. Chaque groupe réfléchit à des objectifs permettant de résoudre des sujets irritants ou d’apporter des points d’amélioration. Dans chaque groupe, un directeur sponsor apporte son expertise. Aujourd’hui, on constate que les groupes s’imbriquent de mieux en mieux. Maintenant, comment pérenniser cette démarche et la faire perdurer demain ? Comment on sort de la carotte de la prime pour continuer à avancer ?"

Retour sur la genèse de Perfambiance chez SEW Usocome

Répondant à une question, Philippe Klein en profite pour expliquer aux participants la genèse de l’action menée au sein de son entreprise. "En 1989, SEW Usocome était une entreprise délabrée avec beaucoup d’accidents de travail. Comment diagnostiquer le mal tout en touchant les hommes de l’entreprise ? On a fait faire un film qui montrait l’étendue du problème. Très vite est venue la notion de performance ET d’ambiance. On a démarré en se disant que personne n’était contre le principe d’améliorer sa propre sécurité au travail. On a donné une formation aux équipes leur permettant de s’auto-améliorer sur ces questions de sécurité. Tout de suite après, on a mis un premier chantier en place pour déployer sur le terrain la théorie apprise en formation. On a tout de suite reçu un Trophée de la Caisse régionale d’assurance-maladie (CRAM) qui a permis aux équipes d’être reconnues pour leurs réalisations et qui les a encore davantage motivées. Bien entendu, nous avons également fêté les succès. Il faut arriver à toucher les collaborateurs avec du sens et un thème bien précis et, à l’époque, la sécurité était un sujet tout désigné. Après l’axe ambiance, il a bien fallu également lancer l’axe performance pour cela on a réuni tous les salariés pendant 4h et par sous-groupe pour expliquer les orientations futures souhaitées. Les échanges ont permis de lever les craintes des collaborateurs mais aussi d’affiner le projet Perfambiance. En sortie, nous avons lancé la démarche Perfambiance en partant du principe qu’on ne peut pas avoir une performance pérenne s’il n’y a pas de bonne ambiance. On a avancé par thématique. On n’a pas réfléchi à comment devenir une entreprise libérée mais le bonheur au travail était toujours un objectif. On a libéré les énergies de nos collaborateurs par l’autonomie dans un cadre donné, le reste s’est fait naturellement."

Revenant sur la préoccupation de Mathieu, Philippe précise qu’un en 1995, SEW a eu envie de favoriser la transversalité des processus et de dynamiser la prise de conscience collective. "Notre crédo : ce sont les processus qui amènent au résultat et pas le contraire. Et d’entrée de jeu, on a fait tomber les primes de production. En fait, elle a été intégrée pour tout le monde. Nous avons toujours fêté les succès."

Franck et Bernard surenchérissent en expliquant que dans les entreprises visitées à présent par Wolferberger, Liebherr et EDF, "on constate que la dynamique est effectivement portée par des formes de reconnaissance et de valorisation qui ne sont pas financières, mais plutôt de l’ordre de l’implication des salariés dans la proposition d’améliorations et la co-conception de leurs mises en œuvres."


Et l’open innovation ?


L’amélioration continue des processus transverse est clairement le premier pas d’une forme d’open innovation menée en interne. D’ailleurs, parmi les entreprises participant au groupe de travail, plusieurs ont avancé sur l’open innovation. Le groupe convient qu’un atelier Open Innovation visant à recueillir et synthétiser les exemples rencontrés serait intéressant à lancer. Etienne Wathle, Directeur d’Alpaci, se propose de l’animer et d’interviewer les participants sur ce qu’ils ont mis en œuvre.

Dans la même concertation, les participants proposent de lancer un atelier Qualité de vie au travail et Process. Mireille Hahnschutz et Philippe Klein se proposent de les animer respectivement, en recueillant les avancées des autres entreprises présentes.


Atelier "Valorisation des travaux"


L’une des questions que se pose les membres de ce groupe de travail sur le Facteur humain dans l’usine du futur, concerne le calendrier d’après mars. Seront-ils toujours mobilisés et mobilisables ? S’estiment-ils légitimes pour répondre à des demandes d’informations d’autres entreprises alsaciennes ? Déjà, pour repositionner l’humain au centre de l’entreprise, chaque entreprise a son propre fonctionnement. Du coup, comment proposer aux entreprises de pouvoir faire appel aux travaux du groupe de réflexion pour trouver des clés pour entrer dans la démarche ?

Un autre aspect, déjà abordé lors de la session précédente, concerne la folie économique et médiatique entourant les notions « usine du futur » et « entreprise libérée ». Comme le souligne Mathieu Rollet, "il faudra absolument démythifier l’usine du futur et faire preuve de beaucoup de pédagogie."

Les membres du groupe de travail se sont ainsi mis d’accord pour ne pas organiser de gros événement en mars mais de proposer plutôt une suite de manifestations s’étalant dans la durée, en privilégiant les témoignages des participants dans le cadre de différents événements organisés en Alsace. Un premier rendez-vous fixé en mars 2017 est en cours d’organisation

En fin de session, Philippe Klein a précisé ce qu’il venait chercher dans ce groupe de travail. "L’expérience d’entreprise libérée chez SEW Usocome ne pourra pas perdurer en l’absence d’un leader authentique, qui crée un environnement permettant à chacun de trouver sa motivation en lui-même sans qu’il soit besoin de violenter son for interne. L’entreprise libérée favorise une forme de leadership au service des équipes, et non pas un modèle de management qui viserait à contrôler les ressources de temps, de qualité ou d’argent. Elle n’est possible que par la présence de femmes et d’hommes dans toute l’entreprise qui prennent des responsabilités, qui engagent des projets, qui décident librement… Des femmes et des hommes que l’on a envie de suivre et avec lesquels on a envie d’agir. Ce n’est plus d’amélioration continue ou de conduite du changement dont il s’agit, mais d’une philosophie de vie et d’une aventure humaine. De ce fait je ne peux pas imaginer mettre par terre 20 ans de boulot. Je suis venu ici chercher des concepts nouveaux et de l’inspiration avec des personnes qui partagent les mêmes questionnements, et avec d’autres qui sont novices et qui se lancent afin de donner un futur pérenne à notre démarche."
Un défi que continueront de relever les membres de ce groupe de travail. La prochaine session aura lieu en novembre chez Liebherr France, à Colmar.


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lundi 26 septembre 2016

Le facteur humain dans l'usine du futur (8)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur.

26 septembre 2016. Direction Guebwiller où N.Schlumberger (groupe NSC) accueille la nouvelle session du groupe de travail "Le facteur humain dans l’usine du futur".

Mathieu Rollet, Directeur industriel du site, présente son entreprise qui conçoit et fabrique des équipements industriels pour le textile, ainsi que le groupe NSC, actif également dans l’emballage, l’industrie et l’environnement. Le groupe NSC est un acteur mondial, constructeur de machines pour le travail des fibres longues naturelles et artificielles et la production de produits d’emballage.

A Guebwiller, N.Schlumberger emploie 200 salariés qui conçoivent, fabriquent et vendent des machines pour les industries textiles, pour l’environnement et la production d’énergie. "Il y a 20 ans, nous avons connus une crise mondiale de notre cœur de métier qui a duré 10 ans. Nous étions une entreprise donnée pour morte. Nous étions près de 1000, il y a encore 20 ans. Pendant 10 ans, nous avons réduit nos effectifs et nos coûts sans avoir les moyens d’innover. Il y a 10 ans, nous nous sommes réorganisés pour relever de nouveaux défis. Nous nous sommes notamment appuyés sur la culture spécifique de NSC, une entreprise restée familiale."

Benoît Basier, Président de Corderie Meyer Sanboeuf, est également le nouveau président du Pôle Textile Alsace. "Le poids culturel est très important dans ces entreprises familiales. Plus que la culture allemande, il y a une forte influence de la culture protestante luthérienne. C’est une caractéristique de nombreuses entreprises du Sud Alsace et du capitalisme rhénan. Cela se traduit par une responsabilisation différente des décideurs d’entreprise, particulièrement orientée par la nécessité d’apprendre et de devenir performant par soi-même."

Mathieu explique comment N.Schlumberger a réagi. "Même si les deux tiers de nos besoins sont couverts par des fournisseurs extérieurs, nous sommes restés une entreprise intégrée. Stratégiquement, nous avons voulu maintenir notre savoir-faire en interne, et nous avons réorganisé nos ateliers pour plus de réactivité et d’agilité. Nous avons aussi reconstitué un pôle d'apprentissage qui nous permet justement de renforcer le savoir-être et le savoir-faire de nos salariés."

Les actions menées chez N.Schlumberger pour tendre vers l’usine du futur
  • Le sens : les valeurs de Schlumberger
  • L’agilité : lean manufacturing + modernisation de nouvelles machines + plans de réduction de coût
  • Open Innovation : travail avec une startup experte du big data, CPC Analytics
  • Brique technologique : travail sur de nouveaux produits, de nouvelles matières
  • Digital : big data + digitalisation des postes de travail
  • Client au centre : des collaborateurs vont former des monteurs chez les clients
  • Compétence : triple certification QSE (Qualité-Santé-Environnement)
  • Motivation : Améliorer l’ambiance de travail
  • Engagement : volonté de développer la susbsidiarité, de favoriser la prise de décision à l’endroit où elles doivent être prises ; au plus bas niveau, les collaborateurs peuvent prendre des décisions pour ce qui les concernent

Mathieu Rollet prend l’exemple d’une expérimentation menée par N.Schlumberger à Guebwiller. "Les salariés avaient débrayé pour demander une prime de 700€. Du coup, le Directeur Général a demandé aux salariés de lister leurs problèmes. Côté direction, on les a mixés avec nos projets et réflexions en cours. Le tout nous a permis de lancer le projet « S’améliorer ensemble » que l’on souhaitait développer avec l’ensemble des salariés en initiant des actions d’amélioration pour la vie de l’entreprise : pour nos salariés ; pour nos clients ; pour nos fournisseurs ; pour nos résultats. » En fin de compte, on a identifié 30 groupes de travail. Les négociations entre la direction et les partenaires sociaux nous ont permis de tomber d’accord pour une prime de 700 € par salarié, qui serait versée en deux temps : 200 € avec le salaire de septembre 2016 après définition du livrable de chaque groupe, en accord avec le sponsor, membre du Comité de Direction ; 500 € avec le salaire de décembre si les objectifs retenus sont atteints à fin novembre et validés par le Comité de Direction. Du coup, chaque prime versée correspondra à une amélioration réelle de notre entreprise."


30 actions d’améliorations et 200 salariés pour mener à bien ces actions


"C’est la Direction qui a réparti les salariés dans les groupes de travail, précise Mathieu. On a voulu en effet que chaque salarié participe à ces groupes de travail. Au-delà des coûts, c’est aussi l’occasion de développer la transversalité entre tous les salariés. Avec cette méthode, on leur apprend aussi à cadrer leur projet et à prioriser les réflexions. Si on n’est pas un peu dirigiste, on risque de passer à côté de projets ou de laisser des salariés développer des projets dans leur coin sans en faire bénéficier les autres. Quand on a présenté le projet à tous les pilotes, on a conclu en leur projetant ce film qui, en une minute, explique ce qu’est l’entreprise libérée."



Une entreprise libérée, c'est quoi ?


Ce film d’animation propose une première approche, en seulement 1 minute, du concept de l’entreprise libérée, développé par Isaac Getz et Brian Carney dans leur livre : "Liberté & Cie : Quand la liberté des salariés fait le succès des entreprises" (Fayard, 2012 / Champs-Flammarion).



Le facteur humain dans l’usine du futur, suite


L’après-midi commence par un retour sur la visite de l’usine N.Schlumberger. Chargé de mission à EDF, Bernard Bloch résume l’impression générale. "Avant la robotisation, on voit bien que l’organisation très mécanique permet aussi de réorganiser les équipes et postes de production pour favoriser le projet de modernisation. On voit aussi que la genèse de ces réflexions vient souvent d’un électrochoc, une crise économique ou un défi à relever face à l’internalisation. L’élément déclencheur est souvent un nouveau directeur, souvent venu d’un groupe international, ou d’un directeur en place ayant un projet socialement innovant."

Après ce débriefing, Mireille Hahnschutz, Conseillère Industrie à la CCI Alsace, initiatrice de ce groupe de travail, propose une Fiche d’action par atelier de travail, un outil qui permettra de favoriser la cohérence de l’avancement des différents travaux menés en parallèle par les membres du groupe de travail. Du coup, tour d’horizon des sous-groupes de travail.


Atelier La libération de nos entreprises


Plusieurs expérimentations sont en projet ou en cours de développement.

Expérimentation chez Liebherr (Colmar)

"Nous investissons dans un nouvel outil de production et c’est l’opportunité d’expérimenter l’évolution vers une organisation plus agile, expliquent Franck Keiffer et Stéphan Kohler, respectivement Responsable RH et chef de projet de l’usine de Colmar. Nous avons commencé à sensibiliser les équipes concernées pour qu’ils s’approprient le sujet, en insistant sur l’implication des contremaîtres qui sont moteurs de cette transformation. Cela suppose l’engagement de tous les salariés concernés. Il y a même une certaine impatience de nos contremaîtres qui sont en attente pour échanger avec nous sur le facteur humain dans l’usine du futur. Il nous reste à le vendre à notre sponsor interne, le Directeur général de production."

Expérimentation chez Wolfberger (Colmar)

Mathieu Greff : "On travaille sur le sujet depuis avril. On a décidé de creuser le sujet en organisant des visites et des échanges chez SEW, Mondelez et Hager pour voir leurs réussites et les écueils rencontrés pour que très rapidement, en décembre, nous puissions développer une approche associant RSE et lean management, mais un lean raisonné sur l’essentiel de notre activité. Notre projet sera certainement plus ambitieux que ce que nous imaginions au départ. Et on se fera accompagné par un organisme extérieur."

Les dirigeants de Wolfberger ont emmené avec eux, Franck Keiffer (Liebherr) et Bernard Bloch (EDF) qui, avec Mathieu, ont profité de ces visites pour enrichir les réflexions de leur atelier de travail consacré à la méthodologie à employer pour amener les entreprises à entrer dans une démarche d’usine du futur (voir plus loin).

Un débat s’ensuit entre les participants autour des appellations qui sont trop restrictives et qui génèrent davantage de peur que de rêves.

Usine ou industrie du futur ? On parle d’usine du futur et d’industrie du futur ? En fait, Mireille Hahnschuz, qui a initié ce groupe de travail au sein de la CCI, explique que l’usine du futur désigne le site, quand l’industrie du futur désigne l’entreprise. Bernard Bloch souligne que l’expression pose également problème, car il s’agit aussi d’entraîner les PMI-PME dans ces approches. De même que les artisans et les entreprises de l’économie sociale et solidaire.

L’entreprise libérée est une autre expression qui fait peur. Du côté de l’association Idée Alsace, les membres parlent plutôt d’entreprise humaniste et collaborative, voire d’entreprise apprenante, qui sont des étapes nécessaires pour arriver à l’entreprise libérée.


Atelier Process de Communication : communication et condition de la réussite


Atelier Sensibilisation : entrer dans la démarche


Comme évoqué précédemment, Mathieu, Franck et Bernard ont multiplié les visites d’entreprises pour comprendre la genèse de leur démarche. Plusieurs constats reviennent très souvent :
  • Les acteurs décideurs concernés sont souvent 3 personnes : Directeur industriel, responsable Qualité, responsable marketing.
  • Le nom du projet tourne souvent autour d’un système qualité transverse, revu et corrigé.
  • Une démarche en trois temps : Lean > Industrie du futur > RSE
  • Passe par un repositionnement vers les services
  • Échelon intermédiaire = coach
  • Les visites sont guidées par les collaborateurs qui en parlent le mieux, métier par métier, ce qui leur procure un vrai sentiment de reconnaissance et une vraie fierté de témoigner
  • Des indicateurs très visuels à tous les étages

Comme l’explique Bernard, qui pilote cet atelier, l’histoire de l’usine du futur peut se résumer en 7 étapes :
  1. Crise ou impulsion d’un nouveau dirigeant
  2. Réaction industrielle (lean, 5S, …)
  3. Prise de conscience et amorçage d’un projet Facteur humain
  4. Réaction : la Direction veut redonner du sens et s’appuyer sur les forces humaines de l’entreprise pour instaurer une nouvelle dynamique > Partage de cette envie pour repartir dans le même sens
  5. Approche transversale et communication
  6. Autonomie cadrée pour responsabiliser
  7. Processus décisionnel revu et corrigé pour plus d’agilité.

Un point d’alerte : l’échelon managérial intermédiaire a souvent des difficultés à se retrouver dans la démarche.


Atelier Préparation Big Event Mars 2017


"Il s’agira de faire vivre au public une partie de l’expérience que nous avons vécue pour comprendre et entrer dans la démarche,
explique Bernard Bloch. Pour cela, notre big event sera organisé sur une semaine entière, du 13 au 17 mars 2017, qui permettra aux acteurs socio-économiques, mais aussi à un public plus large, de venir vivre des ateliers de sensibilisation, des visites d’usines, de participer à des échanges… Nous prévoyons également d’autres événements surprise dans le cadre de Bizz&Buzz la semaine précédente, et la suivante dans le cadre de la Semaine de l’industrie."
Pour la prochaine réunion, tout le groupe de travail est invité à réfléchir à la forme de cet événement.


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vendredi 1 juillet 2016

Le facteur humain dans l'usine du futur (7)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur.

1er juillet 2016. Le groupe de travail initié par la CCI sur « Le facteur humain dans l’usine du futur » se réunissait chez l’un de ses participants, Wolfberger, à Colmar.

Après une visite de l’usine colmarienne qui produit 14 millions de bouteilles chaque année (50% de Crémant et 50% de vins), place à la réunion de travail. Pour cette nouvelle séance, le groupe a accueilli un nouveau venu en son sein, Laurent Castanier, DRH Ricoh Industrie France, acteur pluridisciplinaire du marché des solutions bureautiques numériques (papier thermique, recyclage de pièces, toner, montage…). Comme l’explique Laurent, "en termes de facteur humain et d’usine du futur, nous sommes très en retard. Depuis novembre 2015, nous menons une réflexion autour d’une zone pilote qui a l’avantage d’être très cloisonnée. Nous nous faisons accompagner par un cabinet extérieur sur les thèmes de l’engagement et de l’absentéisme qui est malheureusement élevé."

Les participants ont ensuite partagé leur rapport d’étonnement suite à la visite de l’usine Wolfberger. En vrac :
  • On voit que le niveau d’automatisation tend vers une usine du futur. 
  • Sur le site, on voit une approche différente par rapport au facteur humain et on sent que les décideurs souhaitent une implication plus forte des opérateurs. 
  • La démarche globale, la disposition des lignes de production, on sent que l’entreprise prône la transversalité et recherche une fluidité des processus, un début de décloisonnement des services. Le concept d’entreprise agile se met en marche. 
  • Intégration de la pluridisciplinarité : en étant sur le terrain, les personnes s’impliquent et font évoluer les process et la productivité > impulsion d’une dynamique de réflexion 
  • Projet de développer un petit laboratoire interne : initier une réflexion sur un modèle d’organisation plus collaborative (un noyau de collaborateurs et s’appuyer sur les bonnes personnes). 

Avant d’aborder les points suivants, deux vidéos ont été projetées.

Entreprise libérée ? L’épreuve de libération difficile et heureuse.


Quelles sont les erreurs que vous ne feriez plus ? Quelles sont les conditions du succès ? Les réponses de Stanislas Desjonqueres , PDG du laboratoire pharmaceutique Biose.


"Aujourd’hui, on part plutôt de la réalité immédiate des personnes. Quelles sont tes compétences ? Qu’est-ce que tu veux faire ? Dans quels domaines et à quelles missions tu prends part dans l’entreprise ? Dans un second temps, nous raccrochons ce que nous disent ces personnes à la politique générale de l’entreprise, le plan, les valeurs, etc. On repart de l’individu pour lui donner le sens, plutôt que de l’écraser avec un sens trop abstrait et trop macro."

Pour les membres du groupe de travail,cette vidéo pose bien la question de ce qu’on entend par entreprise libérée. Une question philosophique ? L’autonomie des personnes ? La prise de décision par les personnes concernées ? Un peu des trois, semble-t-il. Néanmoins, pour les participants, cette vidéo conforte le mode d’emploi qu’ils ont synthétisé depuis plusieurs mois maintenant :

  • Prendre son temps : avancer pas à pas dans le projet. 
  • Partager un objectif commun : celui de l’entreprise. 
  • Donner du sens : remplacer la logique hiérarchique par la logique du sens donné à l’action. 
  • Rendre visible le cadre : ne pas écraser les collaborateurs par un cadre trop abstrait
    > Partir des compétences des salariés pour être dans la réalité immédiate
    > Rattacher la quête de sens de l’individu au sens du projet de l’entreprise 
  • Faire confiance, d’une part aux personnes confrontées à des problèmes pour qu’elles trouvent des solutions, d’autres part aux équipes pour animer leur propre système d’amélioration continue et d’innovation. 
  • Affirmer le droit à l’erreur pour accroître la confiance en chacun et en tous. 

La preuve concrète du bon fonctionnement d’une telle démarche se traduit par la capacité retrouvée des collaborateurs à remonter les échecs et les réussites, signe de confiance d’un dialogue performant.

Une innovation de services


Seconde vidéo, le cas du Groupe inov-On, un groupe familial à multiples facettes qui développe au quotidien des services innovants autour de deux pôles d’activité : les interventions sur site, le conseil et la communication.

"Et si on arrêtait de manager pour les 3% de tire-au-flanc. Et si on mobilisait 300 cerveaux, et non plus quelques têtes, pour réfléchir ?"

Après une crise majeure chez Chonoflex, le Groupe inov-On a revu son système de management et ses méthodes. Le groupe a ainsi lancé ainsi trois chantiers.

Chantier n°1 : La passion d’entreprendre différemment pour la réussite de nos clients.

Les règles du jeu sont définies autour de quatre valeurs :
  • La performance par le bonheur 
  • Cultiver l’amour du client 
  • Équipes respectueuses et responsables 
  • Ouverture d’esprit et esprit d’ouverture

Chantier n°2 : Enlever les petits cailloux dans les chaussures de nos équipes (les épines du pied)

Chantier n°3 : Supprimer les signes de pouvoir

En 2012, un nouveau groupe renait. Les nouvelles méthodes sont en œuvre et la croissance redémarre de plus belle.


Après avoir échangé sur cette nouvelle vidéo-témoignage, les participants ont écouté avec intérêt l’intervention de l’un des membres, Mathieu Rollet, Directeur industriel de N.Schlumberger, qui a présenté une expérimentation menée sur son site NSC à Guebwiller. "Les salariés avaient débrayés pour demander une prime. La négociation a permis de lever les points bloquants en proposant deux phases : d’abord une partie de la prime à la constitution du groupe de travail ; ensuite la prime complémentaire, lorsque les problèmes auront été traités. Cette approche a permis d’identifier et de mener à bien vingt chantiers."

Un témoignage qui a mis l’eau à la bouche des participants. Cela tombe bien, la séance suivante est prévue le 23 septembre, justement chez NCS à Guebwiller.


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lundi 27 juin 2016

Le facteur humain dans l'usine du futur (6)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur.

27 juin 2016. Pour sa sixième réunion, le groupe de travail initié par la CCI Alsace sur "Le facteur humain dans l'usine du futur" s’était donné rendez-vous à Imbsheim chez l’un de ses membres, Etienne Wathle, Directeur d’Alpaci, un site de 12000 m² qui produit des tubes et embouts de filtres à cigarettes.

"Les travaux d’agrandissement se sont accompagnés d’une supervision globale des effectifs et de chaque ligne de production, explique Etienne Wathle. Chaque opérateur gère sa ligne de production, de ses approvisionnements jusqu’à la palettisation de ses produits dans le magasin central. Le système d’information reprend les données essentielles et ne trace que les données à valeur ajoutée."

"Acheter des lignes de production n’est pas innocent et dévoile une partie de notre secret de fabrication, précise le Directeur du site. Du coup, nous achetons nos machines brique par brique et ligne par ligne. Ceci nous évite de donner des informations à nos concurrents. Et cela nous permet d’intégrer notre propre ingénierie et tous les processus de fabrication, impression des marques et des packagings incluse."

Les travaux ont été préparés avec la Caisse d'Assurance Retraite et de la Santé au Travail Alsace-Moselle (CARSAT) pour la gestion prévisionnelle des risques de TMS (troubles musculosquelettiques). "D’ici 2020, 30% de nos 140 salariés vont partir à la retraite, forts de 30 ans d’expérience en moyenne. Un vaste chantier de renouvellement de ces postes de travail, tout en développant les profils plus techniques et plus pointus du fait des dépannages machines de plus en plus complexes."

Après la visite d'Alpaci, retour en salle pour les membres du groupe de travail. Après un débriefing de la visite d’Alpaci, place au point-étape de chaque atelier de travail.

Atelier Séminaire de sensibilisation et Serious Game


En complément des travaux présentés lors de la session précédente de travail, le groupe convient de ne pas réinventer la poudre et d’optimiser les outils déjà éprouvés par le Groupe de travail. Pour la prochaine étape, les trois participants de cet atelier accompagneront Wolfberger qui rencontrera trois entreprises alsaciennes déjà engagées dans l’usine du futur : SEW, Mondelez, Hager. Un autre rendez-vous chez Divalto est également à l’étude.

Atelier Entreprise libérée


Quels métiers et quels niveaux de décision sont impliqués selon les problématiques ? Pour y répondre, les participants à cet atelier sont en train d’identifier leurs attentes respectives afin de préciser les terrains d’expérience que chacun va pouvoir expérimenter dans son entreprise.

Le tableau a évolué depuis la fois précédente.


Liebherr, Wolfberger, Aldès et Schlumberger ont ainsi d’ores et déjà identifié des chantiers concrets qui pourraient servir de champs d’expérimentation. L’ensemble des participants s’accorde pour souligner que la transformation de l’entreprise doit impliquer l’ensemble des Directions.

C’est le cas chez Liebherr avec un projet de transformation de l’atelier Débit. "On transforme une partie du process avec ses impacts pour les opérateurs, explique Stephan Kohler, chef de projet Liebherr de cet investissement. Ce qu’on souhaite, c’est que les opérateurs soient plus responsables, plus autonomes et plus agiles dans l’utilisation de ces nouvelles machines pour qu’ils soient davantage en responsabilité et plus flexible dans la gestion de leur ligne de production."

Pour Franck Keiffer, Responsable des ressources humaines de Liebherr, "si on passe sous silence les aspects d’évolutions des compétences, de transfert des compétences, on manquera une occasion pour les RH d’anticiper ces mutations à venir. L’agilité touche également les partenaires en interne de cet atelier (RH, méthodes, Bureau d’études, maintenance etc…). Par exemple, pour la formation, étudier celles proposées par les fabricants peut nous permettre de les intégrer dans notre process d’apprentissage." Une approche que partage également Mathieu Rollet, Directeur Industriel de NSC Schlumberger, qui souligne que "ces transformations sont autant d’opportunités pour favoriser la transversalité des démarches."


Atelier Communication


Animatrice de cet atelier, Anne Bertrand, Gérante de Méca Service, est au diapason des autres ateliers. "Il faut communiquer sur les différents niveaux de la hiérarchie et s’assurer que le message est bien descendu et perçu." Autre participant de cet atelier, Georges Cierzniak, Directeur technique et commercial de Spirotec, insiste : "En tant que dirigeant d’entreprise, notre rôle est de favoriser la communication et de donner du sens. Notre rôle est ensuite de privilégier la communication transversale pour favoriser l’amélioration continue. La hiérarchie doit favoriser les lieux physiques et virtuels de communication. Il faut trouver les bons canaux, adaptés à chaque situation." Un point de vue partagé par Etienne Wathle : "La Direction doit retourner sur le terrain également pour rencontrer ses salariés. C’est à elle de donner du sens, pas uniquement à la hiérarchie de proximité. Et c’est souvent à la machine à café et au niveau du coin fumeur que les informations circulent." Anne Bertrand tempère toutefois cette approche. "Ce n’est pas à chaque instant à la Direction de porter ces messages, mais aussi aux responsables d’équipes qui doivent être des animateurs et des relayeurs de sens."

Les indicateurs sont également abordés par l’atelier Communication. "Le bien-être futur des collaborateurs de l’entreprise est dépendant des indicateurs de performance et de résultats, d’où l’importance de bien les choisir et de les faire connaître de façon positive, au service du sens", explique Etienne Wathle. Lors de cette restitution, les autres membres du groupe de travail évoquent néanmoins la difficulté de communiquer sur des résultats positifs, souvent synonymes d’un relâchement induit sur le terrain.

La communication doit également être accompagnée d’une vraie réflexion et de vraies actions pour améliorer le bien-être au travail. Il faut impliquer les personnels à la co-conception de ces projets.

Un autre aspect concerne le facteur temps. "C’est un élément qui est important et qui diffère selon les cibles", précise l’un des participants. On le voit, les ateliers en mouvement confrontent les idées des industriels, des échanges nécessaires pour faire ressortir les bonnes pratiques que le groupe de travail entend diffuser avec le monde socio-économique alsacien en mars 2017.

Mars 2017 : L’usine de futur en Alsace


Mars 2017… Depuis la première séance du groupe de travail, les participants se sont donnés comme objectif de présenter et partager leurs travaux en mars 2017. Du coup, cette sixième séance de travail a été l’occasion de constituer un nouvel atelier pour préparer cet événement. Un atelier animé par Bernard Bloch, chargé de missions à la délégation territoriale Alsace d’EDF Grand Est. "Réussir Mars 2017 commence dès aujourd’hui. Parmi plusieurs scénarii, le groupe s’est mis d’accord pour organiser un événement sur plusieurs jours. Au même titre que chacun de nous a dû passer par un apprentissage pour s’approprier les enjeux et les problématiques soulevés par la transformation des entreprises vers l’usine du futur, il va nous falloir proposer au public de vivre cette expérience d’apprentissage. Et nous avons tous convenu que cela ne pourra pas se faire en une conférence de deux heures. Nous imaginons notamment de proposer des visites d’entreprises déjà engagées dans la démarche Usine du futur. De même, le travail sur les communautés de pratique sera également au programme de ces journées. Les dirigeants d’entreprises ne sont en effet pas la seule cible potentielle. Nous avons décidé de ne pas avoir d’a-priori et de laisser venir tous ceux que le sujet intéressera. Des RH, des responsables Qualité, des étudiants, les jeunes, les médias, … Ce nouvel atelier va vraiment commencer cet été."

"La préparation de cet événement de mars 2017 nous incite à nous poser de nouvelles questions dès aujourd’hui pour les expérimenter d’ici-là afin de proposer des premières pistes de réflexion, explique Jean-Philippe Bootz, responsable de la Chaire Management des connaissances à EM Business School. Par exemple, comment proposer des modules de formation pour permettre également aux étudiants des écoles d’ingénieur et de commerce d’entrer dans cette démarche Usine du futur ?"

Ce nouvel atelier ne manque pas d‘idées et l’été sera sans nul doute fructueux pour ses participants. D'ailleurs, le 13 septembre, le groupe de travail participera à une réunion d’échanges et de réflexion avec le groupe d’Idée Alsace qui travaille justement sur l’usine du futur, notamment sur l’entreprise libérée et l'économie circulaire.


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jeudi 19 mai 2016

Le facteur humain dans l'usine du futur (5)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur.

Jeudi 19 mai 2016, suite des travaux du groupe de travail consacré au facteur humain dans l'usine du futur, initié par la CCI Alsace. Depuis la dernière session, le groupe s’est auto-géré et des ateliers ont commencé leurs travaux.

Au programme de cet après-midi colmarien : état d’esprit, suite des travaux des ateliers, passage de relai pour l’animation du groupe de travail, préparation de mars 2017…

La grande nouveauté du jour est notamment l’absence volontaire des consultants experts de l’animation. Depuis la session d’avril, c’est Bernard Bloch (EDF) qui assure l’animation des échanges.

En guise d’accueil, une première question sur l’état d’esprit des participants venus participer à cette 5ème session du groupe de travail. Les mots s’enchaînent.

Fierté – RH Cohésion d’équipe – Dynamique de groupe – Nouvelle approche – Comment piloter différemment notre projet industriel – Toujours partant - Ça ouvre l’esprit – Chemin intéressant – On se connaît tous – Des doutes du début aux actions concrètes aujourd’hui – Le Serious Game est un outil au service du réel – nécessaire approche matricielle – cycle de formation agents de maîtrise – valeurs à actualiser avec comité de direction…

Avant l’étape suivante, les organisateurs ont prévu le passage de relai pour désigner l’animateur des deux prochaines séances. Pour cela, une mascotte circule de main en main, obligeant chacun à exprimer en un mot ce qu’il attend que les gens retiennent de l’événement de mars 2017 au cours duquel le groupe de travail partagera les fruits de ses réflexions avec les professionnels de l’industrie.

Globalité – Libération – Génération Y – Communauté – Formation – Transversalité – Livre blanc – Collaborateurs – Méthode – Communication – Investissement – Échanges – Agilité – Performance – Cahier des charges – Avenir - Adhésion – Futur…


Deux minutes chronos riches de thématiques, le dernier répondant devenant le prochain animateur. Ce sera Franck Keiffer (Liebherr).

Place ensuite aux retours des premiers ateliers de travail.

Atelier "La libération de nos entreprises"


Après avoir réalisé une approche matricielle, les participants ont décidé de tester des actions ciblées au sein de leurs propres entreprises pour pouvoir produire un retour d’expérience d’ici mars 2017.


Atelier "Séminaire Serious Game Usine du futur"


L’idée de départ, proposée et animée par EDF, était de réfléchir à un séminaire qui s’appuierait sur le premier Serious Game français consacré à l’usine du futur, cet outil de formation pédagogique et ludique récemment développé par la CCI Alsace, avec notamment le soutien d’EDF et d’ÉS.

D’abord un constat partagé après quelques tests du jeu : c’est effectivement un outil qui nécessite un accompagnement et des explications, un outil qui permet d’aborder l’usine du futur par différents scénarios et qui offre donc de la souplesse pour d’éventuelles actions de sensibilisation ciblées.

Profitant d’un premier constat de l’atelier « Les valeurs de l’usine du futur » qui s’était réuni la veille, les réflexions montrent que la sensibilisation de l’usine du futur passe d’abord par le comité de direction, puis la hiérarchie intermédiaire et enfin l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise. Un constat : cela nécessité transversalité et une fluidification des processus.

Du coup, avant d’entrer dans le contenu même du ou des séminaires, les participants de l’atelier « Sensibilisation » conviennent qu’il faut qu’un porteur de projet de l’entreprisse doit d’abord sensibiliser sa Direction de l’intérêt de créer un « Groupe de travail Usine du futur » (GT), représentatif de l’entreprise. Deux mois plus tard, le groupe de travail pourrait ainsi présenter à son Comité de Direction une démarche « Usine du futur » et le premier jet d’un programme d’actions.

La démarche

  1. Identifier un porteur de projet Usine du futur
  2. Imaginer un séminaire de sensibilisation du Comité de direction
  3. Objectif : s’engager dans la confiance et dans la durée (tester, échouer, re-tester…), mais en menant tous les chantiers en même temps, comme le montrait bien la vidéo sur l’entreprise libérée (session 3).
  4. Idée principale : Comment passer d’un management de contrôle à un management porteur de sens ?
  5. Comité de direction GO /NOGO pour créer le GT avec sponsoring du Comité de Direction
  6. Le GT idéal, s’appuyant sur les fruits de la session 3, notamment autour de la Génération Y ? 1 ou 2 Génération Y + 1 ou 2 leaders d’opinion + 3 managers métiers (1 par filière) + 3 ouvriers/maîtrise par métier…M+2 : Présentation de la démarche et du programme d’actions pour priorisationLe GT pourrait ensuite devenir le Comité de pilotage Usine du futur pour coordonner les différentes actions qui entreront alors dans la gestion des projets selon les process propres à chaque entreprise.

Des outils au service des séminaires

  • Expérience 2025…, des vidéos comme l’entreprise libérée...
  • Faire émerger une vision du vivre ensemble
  • Apprendre à collaborer ensemble (management visuel)
  • Faire émerger des leaders (cooptation dans la confiance)
  • Résultats sociaux, compétences, opérationnels industriels (utilisation de cette vidéo)

Séminaire Comité de direction (0,5 à 1,5j)

Définir une problématique transverse à son entreprise et montrer qu’une approche Usine du futur (intégrant le facteur humain) a permis de la développer > information, échange questions-réponses, GO pour un groupe de travail (séminaire de sensibilisation de 0,5j voire 1,5j en intégrant pourquoi pas des visites d’entreprises qui ont déjà expérimenté > lister les interlocuteurs pour les référencer dans le livre blanc qui sera remis en mars 2017.

D'ores et déjà, des entreprises ont décidé d'essayer de tester cette démarche en leur sein.

Séminaire de lancement du groupe de travail Usine du futur

Pourquoi entamer ce séminaire et engager l’humain dans la réflexion ?

A ce stade, il semblait essentiel aux participants de cet atelier d’enrichir leurs réflexions avec des personnes ayant mis en œuvre l’usine du futur pour raconter la genèse. Pourquoi on s’est posé la question ? Avec quels objectifs ? Comment on a commencé ?

Après avoir présenté ces résultats, l’ensemble des personnes présentes ce jeudi ont décidé que la 6ème session aurait lieu justement chez l’un d’entre eux, ALPACI (Imbsheim). Ce fabriquant de tubes et de filtres à cigarettes a intégré la robotique dès 2008 qui a amélioré sa rentabilité et ainsi dopé ses commandes (lire l’article sur Alpaci publié par Le Point Éco le 10/11/2014).

Atelier "Développement des compétences"


Les premiers ateliers étant déjà bien avancés, des participants se sont réunis pour débuter les réflexions de l’atelier « Développement des compétences ».

Pourquoi faire évoluer les compétences de nos salariés ?

Indispensable pour pérenniser et faire évoluer nos structures pour relever les défis à venir.

Pour quoi ?

Le développement et l’évolution des compétences sont essentiels pour accompagner le projet d’entreprise. En donnant du sens à la formation du salarié, il sera plus facile d’obtenir l’adhésion et la motivation de celui-ci. Le changement, de manière générale, est rarement accepté d’emblée. La formation doit remplir un besoin, un objectif de l’entreprise et être déclinée en objectif également pour le salarié formé.

Quand faire évoluer les compétences ?

L’évolution des compétences doit se faire de manière anticipée pour préparer :

  • Des départs en retraite
  • Des mutations technologiques
  • Des variations de production qui occasionnent des mobilités internes
  • Des métiers amenés à disparaître
  • De nouveaux process ou machines
  • Les Technologies de l’Information et de la Communication (pour l’ensemble des salariés).

Les parcours de formation doivent être rapides, réactifs et individualisés pour répondre aux attentes du salarié et aux besoins de l’entreprise. Pour cela il est important de s’appuyer sur de nouveaux modes de formation (MOOC, cours en ligne) qui répondent à ces exigences et laissent une plus grande souplesse d’organisation à l’apprenant.

Comment faire évoluer les compétences ?

Il faudra identifier les compétences de l’entreprise à pérenniser et identifier les nouvelles à développer.

Soit par une acquisition de nouvelles compétences absentes de l’entreprise (apport externe), soit par un transfert des compétences d’un salarié à l’autre. Cultiver l’intergénérationnel peut être un objectif motivant pour un collaborateur dans les dernières années avant sa retraite. Il faut susciter l’envie de « transmettre » le savoir-faire.

Mettre en place une communauté de moyens pour réaliser le transfert intergénérationnel de connaissances. Mettre en place des moyens et des outils pour faire de la formation au sein de l’entreprise. Assurer le transfert des experts vers les nouveaux venus.

Par la mobilité en interne au sein de l’entreprise, faire autre chose dans l’entreprise en profitant de l’expérience de son poste précédent.

Par l’utilisation et l’exploitation de compétences que le salarié peut mettre en œuvre dans un cadre extra professionnel (associatif, linguistique, sportif).

Comment les valoriser ?

Se posera la question de la valorisation de ces nouvelles compétences de cette transmission des savoirs. Quelle reconnaissance pourra apporter l’entreprise ?

Autant de sujet qui seront creusés lors d’un prochain atelier.

On le voit, le facteur humain dans l’usine du futur passionne les participants de ce groupe de travail qui a appris à s’auto-gérer en devenant une véritable communauté de pratique.


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vendredi 6 mai 2016

Le facteur humain dans l'usine du futur (4)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur.

6 mai 2016. Quatrième séance pour le groupe de travail invité par la CCI Alsace à réfléchir sur le facteur humain dans l’usine du futur.

Comme prévu à l’issue de la séance précédente, les professionnels de l’animation collective ont laissé leur place à l’un des membres du groupe de travail désigné par ses pairs. Pour cette première, c’est le représentant d’EDF qui s’est attelé à la tâche. Le travail sur l’usine du futur se double également de l'étude de la communauté de pratique composée des participants afin de voir notamment comment elle se prend en charge et s’autogère lentement mais sûrement. Un travail d‘étude confié à Jean-Philippe Bootz, spécialiste des communautés de pratique qu’il suit de près, en tant que responsable de la Chaire Management des connaissances, au sein de l’École de Management de Strasbourg (EM Strasbourg Business School).

Après un rappel des règles de bon fonctionnement d’un groupe de travail (liberté de parole, écoute active, bienveillance et suspension de jugement, discipline et gestion du temps), l’animateur a demandé à chaque participant de partager comment il avait avancé sur les idées émises par le groupe de travail, voire s’il avait pu commencer un travail de réflexion au sein de son entreprise.


Exemples d’actions déjà menées dans des entreprises alsaciennes se préparant à l’usine du futur


  • Mise en place de trois groupes de réflexion sur le processus transverse de la gestion des stocks, réunissant l’équipe d'encadrement et des agents de maîtrise afin de faire mieux collaborer les animateurs ensemble, les animateurs étant les chefs de groupe qui, dans une optique d’usine du futur, sont davantage des animateurs que des managers d’équipe.
  • Co-construction et soutien au Serious Game de sensibilisation à l’usine du futur, une première française initiée par la Chambre de Commerce et d'Industrie Alsace.
  • Intervention d’une avocate sociologue du travail afin de créer une synergie et d’embarquer tous les collaborateurs de l’entreprise dans la réflexion de l'entreprise libérée.
  • Solidifier les changements en cours : identification de 40 points-clés intégrés dans un plan d’actions.
  • Définition et mise en place des valeurs de l'entreprise au sein du Comité de Direction. Les réflexions menées avec la CCI et les industriels ont en effet montré que pour évoluer vers l’usine du futur, l’entreprise a besoin de redonner du sens à son action et de le partager avec l’ensemble des salariés pour les impliquer dans le projet, voire idéalement avec les partenaires, les prescripteurs et les clients.

A l’écoute des témoignages, chacun a pu se sentir renforcer en voyant les initiatives des uns et des autres. L’animateur a ensuite rappelé les épisodes précédents, notamment le travail collectif réalisé sur les facteurs-clés de la performance de l’usine du futur (séance n°2), avant de proposer aux participants de réfléchir très concrètement aux actions qu’ils souhaiteraient expérimenter dans leurs entreprises dans les prochains mois, de les présenter et de les réunir par grandes thématiques. L’enjeu : faire progresser à la fois son entreprise ainsi que la réflexion du groupe de travail.



Actions que les industriels souhaitent développer et expérimenter


Des actions visant les valeurs

  • Définir et partager les valeurs de l’entreprise.
  • Créer de la cohésion et favoriser le travail en réseau.
Des actions visant l’organisation
  • Faire s'approprier la démarche par la maîtrise intermédiaire.
  • Imaginer des outils pour préparer au changement les personnes, les équipes, l’entreprise.
  • Impliquer les instances représentatives du personnel.
  • Mettre en place un système/processus de communication pour bien communiquer transversalement.
  • Impliquer les équipes RH.

Des actions visant l’entreprise libérée

Dans la suite des réflexions engagées précédemment sur l’entreprise libérée (séance n°3), les participants souhaitent particulièrement développer cette thématique.
  • Rendre l’organisation plus flexible.
  • Avoir la cartographie des forces et faiblesses des équipes.
  • Revoir à tous les niveaux hiérarchiques les modes de fonctionnement (délégation, subsidiarité).
  • Revoir les missions et fonctionnement de la maîtrise et les partager avec l’ensemble des équipes en termes de menaces / opportunités.
  • Définir des indicateurs pour piloter le changement.

Des actions visant la transformation technologique
  • Implémenter une ou plusieurs briques technologiques de l’usine du futur en optimisant les impacts en termes de facteur humain avec retour d’expérience.

Des actions visant la formation
  • Monter le niveau de compétence.
  • Mettre en place un plan de formation "autonomie".
  • Développer des méthodes de formation innovantes.
  • Mettre en place un parcours de formation "rapide".

Des actions de sensibilisation à l’usine du futur
  • Construire un séminaire de sensibilisation intégrant le Serious Game développé par la CCI Alsace.
  • Impliquer les équipes en recherche et développement (R&D).

Des actions de promotion
  • Rendre l’entreprise attrayante pour les talents
  • Promouvoir avant mars 2017, en juin et novembre 2016, les travaux menés par le groupe de travail de la CCI.


Retour vers le futur : mars 2017 !


Après cette phase de réflexion concrète, l’animateur a demandé aux participants de se séparer en deux groupes pour se projeter dans l’événement imaginé en 2017. En mars de l’an prochain, la CCI et les participants espèrent en effet présenter leurs travaux au public et aux industriels alsaciens. Chacun des deux groupes a dû imaginer l’article qu’ils aimeraient voir le lendemain dans la presse : un titre et un chapeau faisant office de résumé.

Titre 1 : l'Humain clé de la performance pour l'industrie du futur
Le chapeau : Des entreprises alsaciennes ont exploré pour vous l'intelligence collective afin de proposer un livre blanc de bonnes pratiques pour placer l'humain au cœur de l'industrie de demain
L’image : Une roue reprenant sous forme de pastilles les thèmes explorés (dans les pastilles des hommes et femme qui témoignent)

Titre 2 : L'homme au cœur de l'usine du futur
Le chapeau : Une communauté d'industriels alsaciens ouvrent leur livre blanc des défis de la performance pour une entreprise où il fait bon travailler.
Deux parties : un retour sur l’atelier expliquant la genèse du projet et comment la communauté de pratique s'est mise en place ; un retour sur le livre blanc qui montre ce qui a été mis en place
L’image : une illustration de la « Bonheur Factory »

Deux groupes, deux idées d’articles très proches et très convergentes du fruit des avancées du groupe de travail.

Pour revenir dans le concret, l’animateur a demandé à chaque participant de choisir parmi les actions évoquées précédemment, deux thématiques auxquelles ils souhaite participer activement dans les prochaines semaines.



Trois ateliers de travail pour avancer sur l’usine du futur

  • Séminaire de sensibilisation pour entrer dans l'usine du futur, intégrant le Serious Game : animé par EDF avec Liebherr et Wolfberger
  • Process communication : animé par Méca Service, avec Corderie Meyer Sansboeuf et Spirotec
  • Entreprise libérée : animé par Aldès, avec Liebherr, NSC, Spirotec et EM Strasbourg


En clôture de cette quatrième session, les participants ont choisi de conserver leur animateur pour auto-gérer leurs séances de travail, avant de programmer leurs travaux en ateliers et les prochaines sessions qui auront lieu le 19 mai à la CCI de Colmar, le 10 juin chez Liebherr à Colmar et le 1er juillet chez Wolfberger à Eguisheim.


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