Connecteur d'idées et d'humains engagés pour un monde meilleur
Il paraît que je suis doté de certains super-pouvoirs en matière d'écriture, de transmission de savoirs, de management de projets, de marketing/communication et d'animation d'expériences collaboratives...
Alors je chronique ici q;-)
Quand je discute avec mes étudiants en Master 2, j’essaye de leur faire comprendre notamment que dans six mois ils seront sur le marché de l’emploi et qu’il est temps qu’ils s’assument.
Les devoirs d'étudiants sont un vrai révélateur
Le moment de discuter des devoirs des étudiants est un vrai révélateur et m'offre une belle opportunité d'essayer de leur faire passer mon message.
Je leur explique que la question pour eux n'est plus de faire un devoir pour obéir au prof et avoir au moins la moyenne. Si c’est un devoir, c’est qu’ils ont aussi un droit : le droit de se « faire mal » pour montrer non pas leurs connaissances mais leur compréhension des connaissances acquises et leur valeur ajoutée à la thématique abordée.
Ce n’est pas un concours et il ne s’agit donc pas d’être meilleur que leur voisin. Il s’agit pour eux d’être meilleurs qu’eux-mêmes la veille !
L’une des clés pour apporter de la valeur ajoutée consiste selon moi à bien circonscrire une thématique pour éviter de tomber dans un dossier générique qui ne sera qu’une synthèse de documents vus de ci de là. En circonscrivant une thématique, il est plus simple d’aborder une problématique précise pour la traiter sous plusieurs angles et être force de proposition et de valeur ajoutée.
Avec mes Master 2 de Commerce électronique, quand un étudiant ou une étudiante me demande si je veux bien être son correcteur pour un dossier technique, je lui pose deux questions.
Quelle technique veut-il aborder ? J’essaye en effet de m’assurer de leur pertinence et de leur actualité dans la transformation numérique en cours. Les sujets qui m’ont été soumis cette année tournaient par exemple autour du référencement orienté expérience utilisateur, de la réglementation pour la protection des données personnelles, des drones, d’une plateforme e-commerce de revente, les influenceurs, …
Quel est le domaine d’activité ciblé ? Cela peut être, la mobilité, le luxe, le textile, les loisirs, les voyages, le sport, l’énergie, la santé, … Je les incite aussi à restreindre le périmètre géographique étudié. Une étude portant sur le Monde sera plus générique qu’une étude portant sur le Grand Est par exemple, forçant l’étudiant.e à trouver des chiffres d’autant plus pertinents.
Oser rêver
Parfois, ils ne savent pas vraiment le marché qu’ils veulent étudier. Je leur demande alors de me dire dans quel domaine ou quelle entreprise ils rêveraient de bosser. Et quand ils m’ont répondu, je leur dis que c’est peut-être le moment de commencer à renforcer leurs arguments de recherche d’emploi avec ce dossier technique qui peut leur permettre d’apporter de la valeur ajoutée à leur futurs recruteurs potentiels.
Oser se planter avant de réussir
Il y a quelques années, j’avais demandé à mes étudiants de m’expliquer le dernier article qu’ils avaient publié sur le blog de leur Master. L’un d’entre eux m’avait expliqué qu’il avait écrit un article synthétisant son dossier technique portant sur le référencement géolocalisé sur Facebook.
Après l’avoir remercié d’avoir « osé » en parlait devant ses camarades qui ne s’étaient pas bousculer pour me répondre, je lui avais expliqué le fond de ma pensée. Je résume : même si la techno évoquée n’était pas très innovante, le problème de son sujet était plutôt qu’il était trop vaste. Si j’avais été lui, j’aurais par exemple abordé le sujet en circonscrivant la problématique au cas de la chaussette dans le Grand Est.
Cela l’aurait forcé à étudier le marché de la chaussette et des fabricants, notamment Labonal implanté à Dambach-la-Ville, de voir comment, par qui et où ils distribuent leurs produits, d’étudier également le mix communication de ce marché précis du textile, pour alors proposer des pistes d’optimisation du référencement géolocalisé sur les moteurs de recherche et les réseaux sociaux.
Oser s'assumer
Je leur ai également expliqué que s’il avait fait cela, il aurait pu promouvoir son article ensuite auprès du groupement des agences de communication et de webmarketing, auprès de groupements du textile nationaux et locaux, auprès du Maire de Dambach-la-Ville, ainsi qu’auprès du DG, du DRH et du DirCom de Labonal. Et il aurait même pu ajouter sur son CV une vraie ligne décrivant son étude, cliquable vers son article.
Oser être soi-même
Cette problématique que j’appelle également la crise d’adolescence professionnelle (quand est-ce qu’un étudiant apprenant va devenir un adulte sachant à l’aise dans ses baskets ?) a été à l’origine d’un talk que j’avais développé pour le TEDx de La Rochelle en 2016 : Le Permis d’être soi-même.
En résumé, j’expliquais que le Permis d’être soi-même s’obtient à condition d’avoir passé quatre étapes dans l’ordre : le permis de rêver ; le permis de se planter ; le permis de réussir ; le permis de s’assumer.
Ce matin d'avril 2020, profitant du confinement pour corriger des dossiers étudiants, j'ai pu me rendre compte que ce Permis restait vraiment d'actualité et que je n'ai pas fini de partager ce message.
Dans mon TEDx sur le Permis d'être soi-même, j'évoque Benjamin, comme j'aurais pu parler de Yassin, de Vincent, de Fanny, de Massi, de Manon, de Noëlle et des autres. Pour revenir à Sébastien, j'évoque un article que je lui ai demandé de réécrire avec ses tripes. Et oui, cet épisode est aussi un fait réel. Et si cela vous intéresse, son article à lire en cliquant ici parle de sport partagé et dialogue pour tous.
Dans mon TEDx sur le Permis d'être soi-même, j'évoque des personnages et on me demande souvent s'ils existent ou ont existé ? Et oui, toute ressemblance est volontaire et même les noms sont les vrais ! Et ce n'est que justice que je leur rends.
Le premier, Zakaria est arbitre de mon club et il est effectivement un patron d'une PME qui existe chaque dimanche, composée de 22 adultes + 6 sur les bancs de touche !
Je vous ai raconté la genèse de cette aventure. Et bien ce 19 novembre 2016 a fini par arriver. Les portes se sont ouvertes vers 14h30 et le public a pris place dans l’auditorium du Forum des Pertuis de La Rochelle.
Nous étions douze intervenants et deux artistes. Quatorze intervenants et artistes de 13 à 90 ans décidés à partager avec le public leurs expériences et leur regard sur l’éducation, la transmission et la mémoire. Les sept premiers de 15h à 17h15, puis pause, puis les sept suivants de 17h45 à 20h. Mon passage était prévu en 14ème position, vers 19h.
Vous connaissez ce bout d’papier rose… Le ? … Le Permis de conduire ? Bien joué !!!
Et celui-là ? Le Permis d’être soi-même. Vous n’le connaissez pas encore. C’est normal, j’l’ai inventé !
Je l’ai inventé car j’ai la chance de rencontrer plein de jeunes dans ma vie. Dans ma vie associative : je suis président d’un club de foot qui compte plus d’une centaine d’enfants. Dans l’entreprise qui m’emploie et où j’accompagne des apprentis depuis 30 ans. Mais aussi dans les écoles où je donne des cours régulièrement. Je vois beaucoup de jeunes, tous différents et plein d’énergie ! Et j’adore ça !
Mais alors, y a un truc qui m’énerve, c’est quand j’les vois arriver dans l’monde de l’entreprise. Au bout de 15 jours, ils sont devenus des clones. Des clones ! Des copies conformes de ceux qui sont là depuis des 20 ans. 15 jours ! 15 jours ont suffi pour leur faire oublier qui ils sont et tout ce qu’ils ont appris. Un vrai gâchis. Et ça m’énerve.
Des jeunes j’en vois plein dans mon club de foot. Ryan, par exemple. Il a 12 ans et son entraîneur en a fait son capitaine. Sur le terrain et dans les coulisses, Ryan est le porte-parole de son équipe. Face à l’entraîneur. Face aux arbitres aussi.
Chez nous, notre arbitre officiel s’appelle Zakaria. Vous savez quel âge il a ? 15 ans ! Le mois dernier, je lui ai demandé ce que ça lui faisait d’être arbitre. Vous savez ce qu’il m’a répondu ? "C’est super. Sur le terrain, j’suis l’patron !!!" Zakaria, 15 ans. Patron d’une PME de 30 joueurs tous les week-ends.
J’adore voir tous ces jeunes épanouis qui prennent des responsabilités… Mais quand j’les vois arriver dans le monde de l’entreprise… Quel décalage !
Vous savez où est la différence entre le monde du sport et le monde de l‘entreprise ? En fait elle est là. Dans les tripes !
Dans les tripes du jeune qui veut gagner sa place et qui se bat pour y arriver. Dans les tripes de son entraîneur aussi. Qui a envie de transmettre sa passion ! Et qui s’est formé pour ça !
Malheureusement, dans l’entreprise, les tripes ont disparu. Surtout ne pas faire de bruit ! Le jeune le sait si bien qu’il arrive la boule au ventre. Et il a tellement peur de mal faire qu’il va imiter les autres… Oublier qui il est… Devenir un salarié anonyme.
Un jeune étudiant qui entre dans la vie professionnelle, en fait, c’est un jeune qui va vivre la crise d’adolescence professionnelle. Du coup, j’ai inventé le Permis d’être soi-même. Et j’ai mis au point une méthode en quatre étapes : le Permis de rêver ; le Permis de se planter ; le Permis de réussir ; le Permis de s’assumer.
La 1ère étape, c’est le Permis de rêver
C’est comme le Permis de conduire. Je me souviens très quand j’étais assis à l’arrière et que je rêvais du jour où je conduirais la voiture… Et puis un jour, vous réalisez votre rêve. Vous avez le Permis et vous conduisez tout seul, pour la première fois de votre vie…Waw…
Au boulot, le dernier étudiant en alternance que j’ai accompagné, c’était Benjamin. Lors de notre premier point-dossier, je lui ai demandé de me raconter ses rêves professionnels. Ses passions aussi. Du coup, je lui ai raconté ma vie associative. Mon parcours professionnel. Et mon rêve qui consiste justement à l’aider à devenir un professionnel épanoui.
Savoir écouter nos rêves, c’est savoir entendre le message que nos tripes envoient à notre cerveau.
Le Permis de rêver... La 2ème étape, c’est le Permis d’se planter.
Dans le sport ou dans un jeu vidéo, parfois on gagne, parfois on perd, mais ce n’est pas grave, on réessaye et on finit par réussir. A l’école et dans l’entreprise, c’est tout le contraire : l’échec est sanctionné. Zéro pointé ! … Comment voulez-vous aider un jeune à s’épanouir professionnellement si personne ne lui accorde le permis de se planter ?
Benjamin, après quelques semaines, je lui ai demandé d’écrire un article sur un événement auquel il avait participé. Le lendemain, il m’a montré son projet : le premier article de sa vie professionnelle… C’est important ça… Alors j’lui ai dit cash ce que j’en pensais. Durant l’événement, il était super heureux. Il avait participé à plein d’activités. Et là, il m’écrivait un article formaté, sans âme, sans tripes. Du coup, je lui ai demandé de le retravailler. Pendant deux jours je l’ai vu téléphoner et écrire. Et quand il me l’a remontré, j’étais scotché. Il avait interviewé les partenaires et les participants. Et il avait même écrit l’article à la première personne. Un vrai beau témoignage.
En fait, Benjamin a réussi à écrire cet article parce que j’lui ai permis de se planter ; parce que j’lui ai montré qu’il s’est planté ; et parce que j’l’ai poussé à chercher la solution au fond de lui. (je pointe mon ventre) Sa solution !
Le Permis de rêver. Le Permis d’se planter. La 3ème étape, c’est justement le Permis de réussir.
Mon apprenti, quand il a pris confiance en lui, je lui confie des dossiers en responsabilité. Mais il s’appuie encore beaucoup trop sur moi. Il n’ose pas réussir. Et ça, ça m’embête beaucoup parce qu’il n’est pas autonome. Alors, j’ai essayé de trouver une solution en regardant autour de moi.
Mon épouse est kinésithérapeute. Quand on part en vacances, elle met une annonce dans l’école de kiné et elle recrute un remplaçant. La veille de notre départ, elle lui explique le cas de chaque patient. Et puis elle lui confie les clés. Et le lendemain, nous, on est sur les pistes de ski. Et lui, il soigne les patients. En toute confiance.
Du coup, j’ai essayé un nouveau truc. J’attends le jour où mon apprenti doit organiser et animer une réunion à laquelle je participe. Et au dernier moment, la veille au soir, j‘le plante !! Je lui dis que j’ai un empêchement mais je le rassure aussitôt en lui disant qu’il a toutes les clés en main. Et j’le laisse se débrouiller. Et il se débrouillera parfaitement. Et à sa manière en plus !
Pour accorder à quelqu’un le permis de réussir, il faut l’aider à couper le cordon ombilical. C’est le meilleur moyen d’éviter d’en faire le clone de vous-même.
Le permis de rêver. Le permis de se planter. Le permis de réussir. La 4ème étape avant d’être un peu plus soi-même, c’est le Permis de s’assumer.
Qui on est ? Qui on veut être ? Qui on choisit d’être ? Et qui l’assume ? Quand j’interviens dans des classes, j’aime bien faire travailler les jeunes en sous-groupes. Et chaque fois, je rencontre le même problème. Après une minute, je les interromps et je leur demande : « Y a rien qui vous gêne ? Vous trouvez normal de vous rester entre garçons ou entre filles ? » Je leur demande alors de se mélanger. Et après deux minutes, je les interromps à nouveau : « Vous trouvez normal que dans chaque sous-groupe, c’est une fille qui prend les notes ? » En fait, je les force à analyser la situation et à prendre une décision. Peu importe laquelle, mais chacun devra assumer ce qu’il décide de faire. Ou de ne pas faire.
Votre meilleur ami, c’est celui qui vous dit vos quatre vérités. Qui vous force à vous regarder dans le miroir. Pour votre bien. Pour vous aider à grandir. Et à vous assumer pleinement. Et bien, c’est exactement ce que j’essaie de faire avec les jeunes.
Le permis de rêver. Le permis de se planter. Le permis de réussir. Le Permis de s’assumer. Quand vous avez passé ces 4 étapes, alors vous êtes mûr pour le Permis d’être soi-même.
Le Permis de conduire, on vous le donne : le Permis d’être soi-même, vous pouvez vous l’accorder tout au long de votre vie. Mais il y a un point commun : dans les deux cas, un tuteur vous accompagne : pour le Permis de conduire, un moniteur d’auto-école ; pour le Permis d’être soi-même, un moniteur d’école de la vie.
Des moniteurs d’école de la vie, on en croise parfois à différents moments de notre vie. Très peu en fait. Le premier que j’ai croisé, j’avais 9 ans. C’était mon instit’. Daniel Jurquet. Chaque lundi, il demandait aux élèves qui le souhaitaient de venir raconter leur week-end. Moi j’étais un élève moyen. Mais un jour, j’ai décidé d’y aller. Et devant toute la classe, j’ai raconté mon match de foot et mes expéditions en vélo avec mes amis. Et j’ai vu les yeux de mon instituteur qui brillaient : c’était la première fois qu’un adulte s’intéressait à ma vie ! Le lendemain, je n’étais plus le même. En fait, il m’avait accordé mon premier Permis d’être moi-même.
Aujourd’hui devant vous, je m’accorde le permis de rêver à voix haute. Nous sommes 400 personnes dans cette salle. Vous imaginez si tous ensemble on s’accordait le permis d’être nous-mêmes ? Si tous ensemble on décidait d’être des moniteurs d’école de la vie ? Pour nos gosses ! Pour nos jeunes !
Moi, j’y pense à chaque fois que j’entends le mot «Permis». «Permis !» Ce soir, nous pouvons être 400 moniteurs d’école de la vie en sortant d’ici. Et pourquoi pas ? Tout est possible. Tout est permis.
Merci.
En guise de revoir...
Je n’étais qu’un parmi d‘autres et il faut absolument que je vous les
présente et que vous preniez la peine d’écouter leurs talks.
Je vais vous raconter une histoire qui a commencé un soir de mai à Strasbourg.
Je conduisais et Thierry était à mes côtés. Je conduisais et je lui racontais mes trucs et astuces pour aider les jeunes à grandir. Depuis quelques années, j’avais pris l’habitude d’en parler avec des amis pour leur donner des billes qu’ils pourraient reprendre à leur compte dans leurs relations avec les jeunes. Je parlais à Thierry de la manière dont je forçais les élèves et les étudiants à se mélanger pour travailler en sous-groupes mixtes et multiculturels.
Ou de la manière dont j’aidais les gens à donner du sens à leurs actions. De l’importance d’avoir une vision de ce que l’on veut, non pas atteindre, mais de ce qu’on doit faire pour se mettre dans la bonne direction avec une bonne énergie.
Ou encore de mon énervement de voir des jeunes plein de vie dans mon club de foot et des jeunes diplômés timorés à peine entrés dans le monde de l’entreprise.
Et j’avais inventé un concept pour exprimer cette difficulté rencontrée par les jeunes : la crise d’adolescence professionnelle.
Un prof de philo à qui j‘en avais parlé m’avait expliqué que j’étais un tuteur en développement. Et il m’avait incité à lire Boris Cyrulnik. J’ai lu et j’ai découvert qu’il existait trois pères : le père biologique, le père auprès duquel nous grandissons. Ces deux-là peuvent être les mêmes, sauf en cas de remariage de la mère ou d’absence du père. Enfin, le troisième père est le Tuteur en développement. Ce peut être un éducateur, un « grand-frère », Le tuteur en développement, c’est celui qui vous parle et que vous respectez, celui qui vous conseille et dont vous suivez les conseils, même en son absence. En découvrant ce concept, j’ai alors mis des mots sur mon fonctionnement, ma capacité d’écoute et d’analyse. Mais je n’ai toujours pas trouvé la manière d’avoir cet effet pour inciter l’autre à se prendre en charge.
Je parlais à Thierry et mes tripes s’exprimaient. Et à un moment, il m’a dit que c’était super et que je devrais postuler à un TEDx. Et qu’il était l’un des organisateurs du TEDx de La Rochelle et que le thème de 2016 serait justement sur la mémoire vive, l’apprentissage, la transmission.
Les TEDx, j’en avais vu quelques uns, mais je ne me sentais vraiment pas légitime. Mais, en même temps, si Thierry y croyait, alors pourquoi pas ? Et puis à La Rochelle, ça me permettait de sortir de ma zone de confort tout en limitant le risque à 1000 kilomètres de distance.
Mais entre des trucs et astuces et un TEDx, il y a bien plus que 1000 kilomètres. Quel était le sens de ces trucs et astuces ? Je ne m’étais jamais posé la question. Alors j’ai commencé à y réfléchir. A ordonner mes idées.
Fin mai, j’avais pondu un premier jet qui commençait comme ça.
« Je t'ai choisi parce que c'est gagnant-gagnant. Moi, je vais t'apporter mon expérience, et toi tu vas m'apporter tes savoir-faire et bousculer mes certitudes !"
Depuis vingt ans, je scrute des CV et je recrute des apprentis d'une vingtaine d'année. Et depuis vingt ans, je me plante. Je pense leur apporter mon expérience, et pourtant je n'arrive pas à les mettre suffisamment à l'aise pour me bousculer et m'apporter leurs acquis et leur grain de folie.
Je me dis que je suis vraiment un vieux con, plein de bonnes idées généreuses mais incapables de les mettre en pratique.
Alors, le soir, je rentre chez moi et je me prends la tête avec mes gosses. Fais-ci, fais-ça. Mais évidemment, ils n'en font rien. Même pas aider un peu en sortant et rangeant la vaisselle propre, en lançant une machine à laver leur propre linge. Bon, OK, ça s'appelle la crise d'adolescence. Rester encore un peu enfant et ne pas trop vite devenir un vieux con. En même temps, je les comprends un peu.
Du coup, j'ai réfléchi à ma relation avec mes apprentis et j'ai mis des mots sur ces barrières. Et j'ai appelé ça la crise d'adolescence professionnelle. »
Et puis j’ai retravaillé mon texte et j’ai transmis à Thierry une version pour postuler à ce fameux TEDx. Et manque de bol, ils m’ont retenu. Alors j’ai vraiment commencé à me prendre la tête.
J’ai commencé à me prendre la tête car j’ai voulu intellectualiser mon talk. J’ai commencé à faire des recherches et j’ai découvert quelques articles qui évoquaient la crise d’adolescence professionnelle. Qui citaient cette expression sans vraiment y apporter des bouts de solution. Ouf, il me restait un espace d’expression non occupé. J’ai commencé à en écrire des explications psychanalytiques puis je me suis ravisé et je suis revenu à mes expériences vécues. Et j’échangeais beaucoup avec Thierry.
Les 23 et 24 septembre, les organisateurs proposaient aux speakers un week-end de coaching. Alors j’ai pris le train et j’ai découvert d’autres speakers qui avaient été sélectionnés. Et des coaches, nombreux, qui allaient nous aider à transformer notre texte en un talk de 18 minutes max, et 12 minutes idéalement comme ils nous l’ont conseillé. Des coaches pour la voix, pour la présence scénique, pour la gestion sophrologique du moment, pour le story-telling. Et ils m’ont poussé dans mes retranchements.
Quel message voulais-je faire passer ? Comme Gilles et James et Stéphane nous l’ont matraqué, la question primordiale à laquelle il faut toujours répondre avant de se lancer dans un projet ou entamer une tâche importante, c’est : pourquoi ? Le pourquoi nous libère de l’obsession du quoi (=notre expertise) pour nous focaliser sur le comment : afin d’atteindre notre but, comment faire cette présentation, quels moyens mettre en œuvre ? Les gens n’achètent pas ce que nous faisons (le quoi) mais ce en quoi nous croyons (le pourquoi).
En discutant avec eux, j’en suis venu à comparer mes trucs et astuces avec un rituel de passage d’un permis de conduire. Un rituel qui serait le permis devenir. Puis, Stéphane, Sandrine et Hélène m’ont donné des post-it pour réorganiser mon histoire. Et l’histoire a commencé à tenir la route.
Les semaines ont passé et mes versions se sont accumulées. Pas loin d'une centaine. Et j'en testais avec ma famille, Tom, Camille, Véro. Entre temps, les lundis soir, nous avions des confcalls de relaxation avec Sylvie. Et puis je suis passé en mode talk oral à distance et par Skype avec Gilles. Et j'ai commencé à tester le talk devant des amis, Anne et Abdel. Puis je suis allé rencontrer Philippe et les organisateurs du TEDx de Strasbourg pour avoir leur avis. Et puis j’ai passé deux heures avec Adeline qui, comme d’habitude, m’a été d’une aide précieuse et positive. Et puis j’ai croisé Natacha qui m’a dit de ne pas me cacher derrière des généralités. Et puis j’ai cherché des photos pour illustrer mon talk. Et surtout pour aider les personnes « visuelles » à suivre le fil de ma pensée. Et comment j'allais parlé de Ryan, Zakaria, Benjamin et Daniel sans en dire trop ? Mais en en disant assez néanmoins ?
Et puis la semaine du 19 novembre est arrivé. Le 16, je me suis lancé et j'ai fait mon talk devant mes collègues, Isabelle et Ludo, ainsi que devant deux apprentis justement, Massi et Vincent. Et ils m'ont rassuré et donné encore deux-trois remarques que j'ai prises en compte. Le lendemain, j’ai pris le train. Cinq heures pour encore écrire et réécrire pour revenir à l’essentiel. Pour encore supprimer 300 mots. Et le 18, à J-1, on a repéré la scène et répété et bénéficié des nouveaux conseils pertinents de nos coaches, tous réunis et tous aux petits soins. Et on a fait les essais de voix le 19 au matin. Et puis l'après-midi est arrivée. Et puis. Et puis. Et bien on y était.