mardi 9 octobre 2018

e-moi, mon double électronique (#HICamp 1)


Mon rôle dans ma boîte (ÉS) consiste notamment à booster l'innovation. Et en l'absence de R&D intégrée, mon plan d'action vise à multiplier les occasions d'open innovation internes et externes. Pour l'open innovation externe, nous avons imaginé avec Alsace Digitale un événement annuel : le Hacking Industry Camp (#HICamp) dont la quatrième édition aura lieu ce week-end à Strasbourg.

Pour m'imprégner et faire évoluer le #HICamp, j'ai décidé de le vivre intensément de l'intérieur. 


L'an dernier, j'avais porté un défi pour booster la transformation numérique des stades et des supporters (SuperKop 4.0). 

Cette année, j'ai imaginé un défi plus technologique autour de la blockchain : e-moi, mon double électronique


La semaine dernière, mon entreprise m'a interrogé pour en parler. Voici mes réponses.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans l’aventure HIC ? 


Moi qui suis féru de sport collectif et de #sérendipité (le mot est peu connu et je vous invite vraiment à le googliser), je raffole de ces événements qui favorisent des rencontres entre des personnes qui ne se connaissaient pas 24h plus tôt. En cela, le #HICamp est magique. En plus, ce sont 54h intenses, stimulantes et apprenantes ! Et c’est plutôt rare de nos jours.

Qu’attendez-vous de votre participation ? 


Je porte un défi autour d’une technologie, la #blockchain, dont les applications possibles requestionnent nos modèles économiques et sociétaux. Comme pour toute innovation de rupture, je sais que le chemin est long et qu’il va falloir acculturer et rassurer nos responsables pour les aider à prendre des décisions en toute connaissance de cause. En cela, mon défi, « e-Moi, mon double électronique », m’aidera à montrer le champs des possibles pour ÉS. Mais aussi pour une banque, car je porte ce défi avec Didier Altide, mon alter ego en charge de l’innovation à la Caisse d'Epargne Grand Est Europe.

A J-3, il est encore temps de rejoindre ma team pour relever ce défi avec mes amis co-fondateurs de Blockchain Valley ! S'inscrire au #HICamp, c'est par ici !




dimanche 7 octobre 2018

L'expérience digitale : 100% ou rien

Vivre ou ne pas vivre une expérience digitale


Cet été, j’ai traversé les pays scandinaves et, outre les magnifiques paysages, j’ai été bluffé par mes diverses expériences digitales. Au point d’avoir l’impression de revenir au Moyen-Âge en revenant en France.

Pour essayer de partager avec vous mes ressentis et mes étonnements, positifs et négatifs, je vais reprendre deux terminologies qu’un collègue utilise fréquemment : les pépins et les pépites.

Une carte de paiement internationale


Si l’euro est utile en Finlande, j’ai dû trouver une solution de paiement pour éviter des frais bancaires avec la couronne danoise, la couronne suédoise et la couronne norvégienne.

Les pépins
  • Les frais bancaires
  • Les frais de commissions
  • Les éventuels facilités de paiement par virement
  • L’information assez raide sur l’état du compte

Ma banque française, c’est la BNP. Oui, je sais ce que vous allez me dire. Et je suis comme 90% des Français : je rêve de changer de banque mais je ne le fais pas parce que  je me dis que ce sera compliqué. En plus, la BNP, c’est un super chiffres d’affaires et des Panama Papers à gogo et le tout à mes dépends… Mais, bon, je n’ose m’aventurer dans un changement qui m’angoisse à l’avance.

Par contre, pour mon périple de l’été dernier, je n’avais aucune envie de me faire arnaquer par ma banque. Alors je me suis renseigné et j’ai vite trouvé deux solutions intéressantes : N26 et Revolut. Après un post interrogatif sur Facebook, mes amis m’ont conseillé Revolut et j’ai suivi leur recommandation.

Les pépites 
  • Pour créer mon compte, j’ai dû prendre mon passeport en photo ainsi qu’un selfie de ma tronche. Après quelques minutes, le comparatif (reconnaissance d’image ?) a été validé et j’ai eu confirmation de la création de mon compte. J’avais alors deux solutions : la carte de paiement virtuelle et une carte bancaire, ou bien une carte bancaire seule. J’ai opté pour la seconde version et, comme indiqué sur le site, j’ai reçu ma carte par courrier moins de 10 jours plus tard.
  • Pour alimenter mon compte bénéficiaire Revolut, j’ai dû indiquer les références de ma carte bancaires. Ensuite, il me suffisait de faire un paiement en ligne avec ma CB BNP sur mon nouveau compte Revolut. Choisir la CB, définir et valider le montant, recevoir un code par sms de la BNP, indiquer le code pour clore la transaction dans mon appli Revolut et le tour est joué : 2’ chrono grand max.
  • Pour suivre mes comptes : pour tout transfert d’argent depuis mon compte BNP ou pour tout paiement avec ma CB Revolut dans une devise étrangère, l’info des montants concernés dans la devise locale ainsi que leur conversion en euro à titre d’info ainsi que le solde de mon compte  me sont transmis par SMS quasi instantanément, tout comme la mise à jour dans mon compte visible dans mon appli.
  • Pour payer par virement ? 3 minutes suffisent. A nord de la Norvège, j’ai eu la mauvaise surprise (quoique méritée) de me prendre un PV pour un stationnement payant… non payé. Sur mon pare-brise, le PV et les codes BIC et IBAN de la Police de la commune. Même pas le temps de m’angoisser, j’ai ouvert mon appli, cliquer sur créer un nouveau bénéficiaire, indiquer les coordonnées concernées, et transférer le montant de l’amende, transfert confirmé dès le lendemain par le bénéficiaire concerné.

Je résume : en France, la BNP m’aurait demandé des commissions des preuves papiers, de passer à la banque physique…  Avec Revolut, même pas le temps d’angoisser !
 

Les transports en commun 



Les pépins

  • A Strasbourg, quand j’ai téléchargé l’appli de la Compagnie des Transports Strasbourgeois, j’ai été heureux de cette modernité. Je l’ai donc vite téléchargée pour voir les plans, les lignes, les horaires et… un onglet Points de vente qui m’indique où me déplacer physiquement pour acheter un billet papier ou une badge magnétique…

Les pépites
  • A Stockholm ou à Copenhague, nous avons décidé d’utiliser le train et le métro. A Copenhague par exemple, j’ai cherché sur Internet l’appli concernée, j’ai téléchargé l’appli et j’ai pu acheter mes billets dans les secondes suivantes. L’appli m’offre également l’accès gratuit pour 75 musées et attractions, ainsi que des réductions dans certains restaurants ! Dans le métro, il me suffit de passer mon Smartphone devant une borne pour valider mon ticket et voir le solde restant.

La location de vélo

 

Les pépins

  • J’avoue, à Paris comme à Strasbourg, je n’ai jamais osé louer un vélo en libre-service car j’ai toujours pensé que c’était super compliqué.

Les pépites
A Copenhague, un copain nous a incités à passer une journée à vélo. Du coup, pas le choix, je téléchargé l’appli et j’ai été complément scotché.
  • L’appli m’indique les plans et les itinéraires, ok c’et classique.
  • L’appli me demande si je veux louer un vélo ou plusieurs et à partir de quelle heure. JE réponds qu’il m’en faut 2 maintenant.
  • L’appli m’indique où les deux vélos les plus proches de moi sont disponibles et si je veux les réserver. Je réponds par l’affirmative.
  • L’appli me propose le chemin le plus court pour réserver récupérer le premier puis le second.
  • Je rejoins le premier vélo dont on m’a indiqué le code, je clique sur l‘appli et le cadenas se déverrouille. Idem pour le second vélo.
  • Tard le soir, je redépose les vélos dans n’importe quelle station et je clique sur l’appli pour refermer le cadenas.
  • L'appli m’indique immédiatement le montant de la location et me demande de confirmer le paiement. OK. Voilà une expérience 100% digitale.

Ma morale (personnelle) de ces histoires
 

L'innovation incrémentale (par palier) a ses limites quand la vision que nous avons du domaine concerné est en rupture. Poser des briques de digitale dans une expérience, initialement imaginée sans le digital, nécessitera du temps et de l'argent qu'il va de plus falloir jeter sous peu pour reconstruire un nouveau projet digital compatible et interconnectable avec de multiples open-innovations publiques et privées.

A bon entendeur.


mardi 25 septembre 2018

Chronique d'un prof d'université (8)

L'excitation des retrouvailles ! Oui mais...


Attendre une nouvelle saison est toujours excitant. Mais quand il ne s’agit pas de série mais d’une nouvelle rentrée étudiante, l’excitation est teintée d’un léger stress. Et quand en plus les interventions portent sur l’innovation face à des 23-31 ans, euh, le challenge du prof grisonnant n’est pas gagné d’avance.

Du coup, le prof se fait facilitateur et privilégie les conférences inversées. Et finalement, hier matin aura été super sympa-intéressant-grisant. Vivement les cours suivants. Oups. Vivement les rencontres suivantes !

 
 



dimanche 24 juin 2018

A propos de football (1)

Dans Le Tiers-Instruit (2011), le philosophe Michel Serres imagine un dialogue entre des marins et des insulaires qui oppose deux thèses, deux conceptions du football. Pour les marins, le jeu doit permettre de déclarer un vainqueur et un vaincu en un temps donné ; l'équipe qui a un nombre de buts supérieur l'emporte. En revanche, pour les indigènes, la fin heureuse du match n'est déclarée qu'à l'égalisation des points pour les deux équipes en présence ; le match dure aussi longtemps que cette égalisation n'est pas acquise.


Pendant la deuxième guerre mondiale, lors de la bataille du Pacifique, un navire de guerre américain est attaqué par l'ennemi. II s'échoue sur une île inconnue ; l'équipage survivant est accueilli par les habitants de cette île dont la civilisation est restée très proche de l'état de nature. Les rescapés, pour ne pas s'ennuyer, apprennent à leurs hôtes à jouer au football. Quelque temps après, un porte-avions américain revient chercher les survivants qui retournent se battre jusqu'à la fin de la guerre. Parmi eux, certains décident de retourner sur cette île où ils avaient connu le bonheur. Après la joie des retrouvailles, ils sont invités à assister à un match de football.

La rencontre oppose l'équipe de l'Est à celle de l'Ouest, deux villes de l'île. Superbe, dramatique, élégante, elle s'achève sur le résultat de trois buts à un, au bout de quatre-vingt-dix minutes. Les matelots se lèvent alors pour quitter le spectacle et rentrer dormir. C'était le soir. Mais non, mais non, clame la foule, qui les fait rasseoir, ce n'est pas fini.

La partie reprend de plus belle et, sous des torches vives, se prolonge la nuit. Le temps passe et les anciens matelots ne comprennent plus : exténués, hors de souffle, les joueurs tombent les uns après les autres, jambes dévorées de crampes. Mais, têtue, la rencontre continue. Chaque équipe marque et, vers les petites heures de l'aube, on en est à huit à sept. Cela devient ennuyeux.

Tout à coup, la population se lève, agite bras et mains, hurle sa joie, tout prend fin : le but de l'égalisation vient d'être tiré à bout portant par un avant qu'on porte en triomphe autour du terrain. Chacun crie : huit à huit, huit à huit, huit à huit ! Ensommeillés, abasourdis, incapables de saisir clairement l'événement, les matelots regagnent en hâte leurs cases pour se coucher.
Quelques heures après, les palabres vont leur train. Stratégie, tournois, résultats, on reprend les conversations d'autrefois. Et peu à peu la vérité se fait jour.

Les naturels (1) jouaient au même jeu que naguère, avec des équipes comprenant le même nombre d'hommes sur des terrains de même forme, mais ils avaient changé une règle, une seule petite règle.

- Une partie s'achève quand une équipe gagne et que l'autre perd, et seulement dans ce cas-là ! disent les marins. Il faut un vainqueur et un vaincu.
- Non, non, prétendent les insulaires (2).
- Comment départager alors vos équipes ? demandent les matelots.
- Que signifie ce mot dans votre dialecte ?
- Une différence de but.
- Nous ne comprenons pas vos idées. Quand vous découpez une galette selon le nombre de ceux qui sont assis autour du four, ne la partagez-vous pas ?...
- Certes.
- ...et chacun en mange une partie, n'est-ce pas ?
- Sûrement.
- Cette galette, avez-vous jamais l'idée de la départager ?
- Cela ne voudrait rien dire, protestent les marins à leur tour, bâbordais résolument ou tribordais (3) de toujours.
- Mais si, comme au football. Quelqu'un la mangera tout entière et les autres ne mangeront rien, si vous la départagez.
Les visages pâles, interloqués, se taisent.
- Pourquoi les équipes se départageraient-elles ?
- ...
- Nous ne comprenons pas cela qui n'est ni juste ni humain, puisque l'une l'emporte sur l'autre. Alors nous jouons le temps du jeu que vous nous avez appris. Si à la fin le résultat se trouve nul, la partie s'achève sur le vrai partage.
- ...
- Sinon les deux équipes, comme vous le dites, sont départagées, chose injuste et barbare. À quoi bon humilier des vaincus si l'on veut passer, comme vous, pour civilisé ?

[...] Dans les vents qui les ramenaient vers leur ville et leur famille, parmi le balancement régulier des hamacs, en équilibre doux dans le berceau de la houle, les matelots songeaient à cette terre singulière, île nulle ou tierce (4), absente des cartes marines. Ils palabraient, couchés, les mains sous la nuque :

- Dis, la dernière guerre, nous l'avons gagnée, n'est-ce pas ?
- Certes.
- À Hiroshima ?
- ...
- Gagnée, vraiment ?




Michel SERRES, Le Tiers-Instruit, 1991.
  1. Les naturels : les habitants de l'île.
  2. Les insulaires : les habitants de l'île.
  3. Bâbordais : homme d'équipage travaillant sur la partie gauche du navire
    Tribordais : homme d'équipage travaillant sur la partie droite du navire.
    L'expression signifie que les marins sont attachés à l'ordre des choses ; ils n'apprécient pas ce qui remet en cause leurs habitudes.
  4. Tierce : inconnue.

samedi 3 février 2018

Vous avez dit blockchain ?

La blockchain est bien plus qu'une technologie


Mardi dernier, j'ai parlé de blockchain à l'ENA. Bon, j’avoue que j’avais face à moi des responsables de différentes administrations de l’État réunis par la Brasserie des idées pour accélérer la transformation numérique de leurs services en relation avec leurs publics respectifs.


Cela fait maintenant trois ans que je parle de blockchain. Trois années de maturation et d'expériences diverses pour pouvoir expliquer que la blockchain est bien plus qu'une technologie. Et si j'explique cela, c'est parce que ces dernières années m'ont permis d'étudier de près le facteur humain et particulièrement les générations Y et Z, et surtout de cogérer de l'intérieur une civic tech et différentes communautés de pratiques.

Mon pitch sur la blockchain est désormais quasiment au point.

1/ Comprendre que nous vivons trois mutations profondes : numérique, environnementale, sociétale. 
Les générations Y et Z sont en effet numériques et collaboratives, organisées en tribu et fonctionnant plutôt en mode projet. 
Les usines tendent vers l'ultra-numérisation, ce qui induit l'horizontalisation des process et le désilotage des organisations.
Dans le même temps, la société française est fragilisée par trois défiances : celle des responsables politiques envers les citoyens ; des dirigeants d’entreprise envers les salariés ; des présidents d’association envers des jeunes prêts à s’investir.

2/ Comprendre qu’innover, c’est bien plus qu’optimiser : amélioration continue, ajout de nouvelles fonctionnalités à des services existants, exploration de nouvelles technologies (Blockchain, intelligence artificielle...)

3/ Comprendre que la Blockchain est une technologie inventée par des hackers, des crypto-anarchistes » suite à une succession de défiances envers les institutions, notamment après la crise financière de 2007. 
Deux cas sont souvent cités : les banques et le cadastre. Dans le premier cas, l'exemple chypriote a montré que les clients peuvent se voir déposséder d'une partie de leur argent sur simple décision étatique. Pour le cadastre, il suffit de regarder au fil des siècles le nombre d'aborigènes dépossédés de leur terre après une invasion ou un changement de gouvernement.

4/ La Blockchain est une technologie permettant d’automatiser des transactions en contournant les tiers de confiance par des contrats communiquant.
J'aime bien reprendre l'exemple des assurances en cas de retard d'un vol ou d'un train. Dans la vraie vie, c'est le parcours du combattant pour connaître ses droits et parvenir à un remboursement. Avec une blockchain, des contrats communiquant entre eux pourraient permettre le versement sur le compte  bancaire du bénéficiaire quelques minutes après la connaissance de la data indiquant le dépassement du seuil de retard. Je ne vous parle pas des effets induits et de l'impact sur la hausse immédiate des contrats d'assurance...

 5/ Plus que la techno, il s’agit de comprendre, d’entendre et d’entrevoir les nouvelles attentes pour imaginer les réponses futures : des populations collaboratives, une gouvernance en mode do-ocratie (du verbe to do, faire ; les faiseux chers à Alexandre Jardin), un environnement ultra-numérisé. Les technologies ne sont qu’un moyen d’y parvenir.

6/ Les cas d’usage sont déjà nombreux, en sus des banques, du cadastre et des assurances : crypto-monnaies, actes notariés, droit d’auteur, énergie (autoconsommation collective, certificats verts, bilan carbone, ...), logistique (économie circulaire, carnet de maintenance, mobilité transnationale), e-santé...

7/ Imaginer les effets induits en terme de financement : à l'instar du cas des assurances décrits précédemment, il convient pour l'État de s'attaquer aux impacts du financement des mutations numériques, et surtout des transferts de financement d'un vieux monde vers un monde nouveau. Il suffit de regarder le dilemme de la politique de santé publique : l'augmentation du financement pour le maintien des personnes âgées à domicile devraient normalement s'accompagner d'une diminution du financement de leur accueil dans les établissements publics...

8/ Anticiper la fracture numérique et accompagner l'inclusion numérique des personnes isolées ou non-connectées.

Voilà. N'hésitez pas à me faire part de vos remarques pour affiner et/ou corriger mon pitch.

vendredi 27 octobre 2017

Chronique d'un prof d'université (7)

Chroniques d’avec des étudiants. Nouvelle saison.


Ce matin, retrouvailles avec les étudiants pour deux heures de zoom sur le marketing des services, après deux heures sur la stratégie d’entreprise et huit sur la stratégie marketing.

C’est quoi un service ? Et une prestation de service ? Et la différence entre un produit et un service, notamment dans la relation client ? 


Et quelle stratégie de positionnement pour un service ? Comment tarifer un service ? Comment donner confiance et satisfaire un client/prospect acheteur d’un service ? Et comment imaginer un service et surtout, comment passer de l’idée à un défi à relever ?

Durant la dernière heure de cours, je les ai fait plancher sur le cas d’école que je leur fais reprendre à chaque cours. Alors, j’ai utilisé une brique du design que j’avais conçu et approuvé il y a un an pour faciliter une non-réunion avecl’association d’EDF « Énergies de femmes »


Des séquences très courtes qui se succèdent pour passer de l’idée au défi que leur sous-groupe va relever. C'est fou comme ce type d'exercice favorise une vraie énergie collective créative. Du coup, on a fini par le vernissage de leurs œuvres produites.


Quand je leur ai expliqué ensuite pourquoi je prenais ces photos et que je les posterai sur mon blog et les réseaux sociaux, ils m'ont donné leur accord et ont m^me voulu signer leurs créations. La e-réputation, ils comprennent vite ! 

Au fait, pourquoi je publie ces chroniques d'un prof ?

Et bien, comme j'essaie d'irriguer la vie citoyenne et les entreprises avec ces techniques favorisant l'écoute active et l'intelligence collective dans la conception et la prise de décision, je veux irriguer également le monde de l'enseignement. Et quand j'ai expliqué cela aux étudiants, ils ont tout de suite été d'accord pour y contribuer ! Un signe plutôt encourageant q;-)







samedi 30 septembre 2017

Chronique d'un prof d'université (6)

26 septembre 2017. Chroniques d’avec des étudiants. Nouvelle saison.



Après une belle discussion avec Catherine Ledig, responsable de ce Master, elle m'a proposé un nouveau cours de 4 heures pour sensibiliser à l'industrie du futur les 40 étudiants des deux promos Master 2 AES (Administration économique et sociale) Gestion et Droit de l’Économie Numérique - "Droit de l'économie numérique" et "Commerce électronique" - de la Faculté de droit, de sciences politiques et de gestion de l'Université de Strasbourg.

Du coup, j'ai récupéré des bribes de cours en les complétant par les expériences et infos agglutinées depuis trois ans que ce sujet me passionne et occupe mon cerveau. Et comme j'ai pas mal bourlingué ces derniers mois dans des communautés de pratique et des mondes collaboratifs (#MAVOIX, Les Facilitateurs d'Alsace, ...), j'ai (enfin) décidé d'appliquer ces notions dans mes cours.

2+5+10



Après une rapide présentation sous forme de warm up, je leur ai proposé une première séquence de travail en sous-groupes, inspirée par ce que m'a appris Adeline Schwander (Les Z'Ailes) : le 2+5+10

  • Vous leur montrez une question, en l'occurrence "C'est quoi l’industrie du futur pour vous ?"
  • Chacun a ensuite 2' pour noter ses réflexions personnelles et une question dont il aimerait avoir la réponse.
  • Ils ont ensuite 5' pour poser leur question aux autres membres du sous-groupe, qui apportent souvent 80% des réponses.
  • Ils ont enfin 10' pour poser aux autres sous-groupes les questions restées sans réponses. Seuls 5% des questions restent en général sans réponse.
A des fins pédagogiques, je leur décrypte la séquence qu'ils viennent de vivre, cet exercice démontrant l'intérêt de réunir des participants pour mettre en commun leur intelligence collective, les obligeant à dialoguer avec des inconnus et à être dans une posture bienveillante et d'écoute active.

2 rêves convergents


Pour la séquence suivante, je les ai répartis en 4 sous-groupes imposés, 1 par rangée de table.

J'ai ensuite demandé à ceux des second et quatrième rang de regarder le mur du fond pendant que je montrais aux autres une question à laquelle je leur demandais de réfléchir.  Puis j'ai fait de même pour les rangs 1 et 3. Les deux questions : C'est quoi une industrie en 2027 ? C'est quoi un salarié d'une industrie en 2027 ?

Après 10', je leur ai demandé de présenter une synthèse de leurs réflexions et de confronter leurs points de vue.


Pour tout projet touchant au numérique, et donc souvent à l'innovation, il est essentiel de se projeter dans un futur éloigné pour imaginer le chemin à court terme pour y parvenir. La séquence de ces rêves partagés permet justement d'avoir une vision, tout en confrontant les points de vue individuels et collectifs, ainsi qu'en essayant d'entrevoir les opportunités et menaces pour les différentes parties prenantes.

J'avais eu la chance de pratiquer cette exercice en tant que participant lors de la toute première session de la communauté de pratique Le facteur humain dans l'industrie du futur, une communauté impulsée par Mireille Hahnschutz (CCI Alsace Eurométropole) dont le design et l'animation des trois premières sessions avaient été confiés à Florence Rémy et Marcellin Grandjean, experts en facilitation et coaching de groupe.

Pour les convaincre, je leur ai projeté ce reportage datant de 1969 sur une petite découverte susceptible de changer le monde...



Les grandes étapes économiques sont toujours liées à l’énergie et aux transports, le tout induisant des changements sociaux…


La troisième partie du cours était plus classique et m'a permis de leur expliquer et d'essayer de leur faire comprendre que les mutations de nos sociétés sont toujours induites par des révolutions techniques liées à l'énergie et aux transports.



Pour aider les étudiants à voir les impacts passés pour comprendre les impacts futurs, j'aime bien leur citer ces deux phrases de Jeremy Rifkin (La troisième révolution industrielle - Ed. LLL - 2012) :

  • Concernant la seconde révolution industrielle : "Pratiquement du jour au lendemain, des millions de gens ont commencé à troquer leurs chevaux et cabriolets contre des automobiles."
  • Concernant notre monde actuel, l'auteur américain explique qu'aujourd'hui, nous sommes à la veille d'une nouvelle convergence entre technologie des communications et régimes énergétiques : "La jonction de la communication par Internet et des énergies renouvelables engendre une troisième révolution industrielle. Au XXIe siècle, des centaines de millions d'êtres humains vont produire leur propre énergie verte dans leurs maisons, leurs bureaux et leurs usines et la partager entre eux sur des réseaux intelligents d'électricité distribuée, exactement comme ils créent aujourd'hui leur propre information et la partagent sur Internet."


Des baby-boomers à la génération Y, Z ...


Au delà des mutations technologiques, je leur explique ensuite l'influence des évolutions générationnelles pour les aider à mieux appréhender les mutations sociétales en cours, la numérisation des entreprises favorisant les collaboration numériques et physiques dans l'entreprise, et vice versa, de même que l'open innovation avec les clients, partenaires et prestataires de l'entreprise.  J'insiste pour qu'ils comprennent que l'entreprise dans laquelle ils travailleront dans un an est constituée d'hommes et de femmes représentant ces différentes générations, et qu'eux même doivent être vigilants pour ne pas apparaître comme des extra-terrestres aux yeux de leurs futurs collègues plus âgés. Pour ancrer cela, je m'appuie sur trois vidéos que je les invite à regarder sans plus attendre sur leurs ordinateurs :


Ces trois vidéos inspirantes nous avaient été projetées lors de la troisième session de travail de la communauté Facteur humain.

Vivre sans attendre l'expérience du futur immédiat 


Après cette récréation vidéo, je souligne la grande différence entre l'efficacité et l'efficience (l'efficacité au moindre coût), et leur explique qu'il est essentiel de savoir écouter et analyser pour comprendre le problème à résoudre réellement. D'autant plus que votre "donneur d'ordre" n'en est pas toujours conscient et qu'il appartient aux différentes parties prenantes, dont eux-mêmes en tant que futur prestataires internes ou externes, de se mettre d'accord sur le problème à résoudre pour co-construire un défi à relever. J'illustre mon propos par cette phrase lue récemment et que je trouve tellement juste : "Nous nous trompons le plus souvent parce que nous trouvons une bonne solution mais au mauvais problème plutôt que de donner une mauvaise solution au bon problème !!"

Je leur présente ensuite le concept d'industrie du futur, vu notamment par les industriels allemands, mais également par la politique Industrie du futur menée en France depuis 2015 avec l'Alliance Industrie du futur, les Régions et les CCI.

J'enchaîne ensuite sur l'importance de rester en veille active sur ces questions industrielles et je les invite à participer et vivre une expérience intense et inspirante lors du Hacking Industry Camp qui aura lieu du 13 au 15 octobre prochain à l'INSA Strasbourg. Cela me permet de leur expliquer comment on passe d'une idée à un projet, puis à un défi. J'en profite pour leur montrer la méthodologie employée par X-Five et Alsace Digitale pour optimiser les chances de réussite d'un défi à relever.


Avant-dernier exercice pour les pousser dans leurs retranchement, je leur propose un exercice que j'ai déjà eu l'occasion d'éprouver auprès de responsables industries il y a quelques mois, et de 120 collègues plus récemment. Un exercice que je ne détaillerai pas ici mais qui les aide à se requestionner sur la base des impacts futurs liés à la technologie blockchain, tous autant qu'ils sont, futurs juristes ou web-marketeurs présents dans cette salle de cours.  

Casser les barrières psychologiques entre vie professionnelle et vie privée


Après ces trois heures en "immersion" dans l'industrie du futur, je leur propose un dernier exercice qui pourrait leur sembler plus futile.

Je les invite à se regrouper en 3 sous-groupes, les obligeant ainsi à former des groupes plus nombreux, et donc nécessitant encore davantage d'attention aux autres. Je leur donne 30' pour avancer sur le thème suivant : "Ils sont 40 ici et viennent de commencer leur année universitaire. C'est donc l'occasion pour eux d'imaginer et d'organiser samedi dans 15 jours une soirée leur permettant de mieux se connaître. 3 groupes et donc, potentiellement, 3 projets différents."


Au bout de 10', je les interromps pour m'assurer qu'ils sont d'accord entre eux sur le problème à résoudre et donc sur le défi qu'ils veulent relever. Évidemment, ils me font de grands yeux car ils étaient tous déjà partis sur un projet, sans avoir pris soin de vérifier qu'ils voulaient répondre aux mêmes besoins entre eux... Je leur montre alors un guide qui peut les inspirer. 
  • Problème à résoudre (défi à relever) ? 
  • Objectif ? 
  • Cibles ? 
  • Votre projet ? 
  • A quel coût (global et individuel) 
  • Comment communiquez-vous, notamment entre vous ? 
  • Avec quels partenaires ? Qui fait quoi, notamment entre vous ? 
Décryptage :
  • Les photos parlent d'elles-même et la proximité entre eux dans chaque groupe de travail, tant physique que culturelle et psychologique, est bien plus évidente dans les 3 sous-groupes présents que dans ceux du début de matinée.
  • Les ordinateurs ont disparu de leurs tables, faisant ainsi disparaître ces murs virtuels qui les séparent physiquement, augmentant d'autant l'écoute active et le foisonnement d'idées.
  • Ces moments de cogitation collective et de co-construction sont propices à la créativité, mais il faut savoir se fixer un cadre et une méthodologie pour avancer dans l'idéation.
  • Le sujet plus proche de leur vie privée casse les a priori et mobilise les énergies de chacun au profit d'un projet euphorisant, leurs sourires traduisant à l'évidence le plaisir vécu à l'instant.
Juste après ces mots, je leur annonce que nous n'aurons plus le temps d'entendre leurs projets, et que l'essentiel de l'exercice visait justement à leur montrer qu'ils étaient parfaitement capable de casser leurs a priori et de travailler rapidement et efficacement ensemble, pour peu que le sujet les intéresse vraiment. Du coup, je les invite à recréer ces dynamiques de co-construction euphorique dans leurs projets futurs, estudiantins ou professionnels, insistant que cela ne dépendait que d'eux-mêmes de créer les conditions favorables à cela.   

Pour conclure et avant de leur souhaiter une très belle année universitaire, je leur ai suggéré de croiser entre eux leurs 3 projets car "je suis persuadé que, sans vous le demander au titre de prof, vous allez avoir envie d'organiser une fête entre vous dans 15 jours !

Les aider à s'accorder le permis de s'assumer !


En complément, et pour ceux qui me connaissent, la constitution d'un groupe est toujours pour moi un moment essentiel et structurant pour leur développement personnel (voir session 2) et surtout mon TEDx consacré au Permis d'être soi-même). 

Pour le premier exercice (2+5+10), je leur avais demandé de se répartir librement en 4 sous-groupes. Puis je leur ai demandé de se lever par sous-groupe à tour de rôle pour faire "coucou" aux autres sous-groupes. Dès le deuxième sous-groupe debout, j'ai demandé aux autres si rien ne les perturbait. Très vite, un étudiant a remarqué qu'il n'y avait que des filles dans le sous-groupe. Effectivement, je leur ai donc demandé de se mélanger, ce qui fût fait dans la minute suivante. Pour le reste, RAS, la mixité culturelle était respecté, donc aucune "leçon" à donner à ce sujet.

Deux autres remarques pour le second exercice des rêves partagés où je leur imposé de se répartir par rangée de tables en leur demandant bien évidemment de se rapprocher de part et d'autre de leurs tables de travail.

  1. 2000 ans de mauvaises habitudes à changer en 10'... Je leur ai laissé 3 minutes avant de les sensibiliser au fait qu'il était important qu'ils se mettent d'accord dans chaque sous-groupe pour désigner une personne qui prendrait les notes et celle qui rapporterait le fruit de leurs réflexions au reste des étudiants.
    2 minutes plus tard, je leur ai demandé s'ils s'étaient mis d'accord sur la personne qui prenait les notes et, devant le "oui" collectif, j'ai demandé aux quatre personnes concernées de se lever. Je n'ai pas eu besoin de leur demander s'ils y voyaient un problème et leur ai expliqué que je trouvais inadmissible que seules des filles étaient debout... Sans débat, je leur ai expliqué qu'avec moi, seuls les garçons prendrait les notes durant mes 26 heures de cours à venir. "OK, c'est du masculinisme", leur ai-je dit, mais dont acte.
  2. Tous pour un et un pour tous ! Cette séquence les a forcés à collaborer avec des voisin-e-s qu'ils connaissaient moins et je leur ai expliqué, après coup, la nécessité pour chacun d'être vigilants et de s'assurer que chacun prenait bien la parole et pouvait s'exprimer, qu'ils formaient une équipe projet et que leur force était collectives grâce aux super-pouvoirs que chacun d'eux individuellement pouvait apporter au collectif.