dimanche 24 juin 2018

A propos de football (1)

Dans Le Tiers-Instruit (2011), le philosophe Michel Serres imagine un dialogue entre des marins et des insulaires qui oppose deux thèses, deux conceptions du football. Pour les marins, le jeu doit permettre de déclarer un vainqueur et un vaincu en un temps donné ; l'équipe qui a un nombre de buts supérieur l'emporte. En revanche, pour les indigènes, la fin heureuse du match n'est déclarée qu'à l'égalisation des points pour les deux équipes en présence ; le match dure aussi longtemps que cette égalisation n'est pas acquise.


Pendant la deuxième guerre mondiale, lors de la bataille du Pacifique, un navire de guerre américain est attaqué par l'ennemi. II s'échoue sur une île inconnue ; l'équipage survivant est accueilli par les habitants de cette île dont la civilisation est restée très proche de l'état de nature. Les rescapés, pour ne pas s'ennuyer, apprennent à leurs hôtes à jouer au football. Quelque temps après, un porte-avions américain revient chercher les survivants qui retournent se battre jusqu'à la fin de la guerre. Parmi eux, certains décident de retourner sur cette île où ils avaient connu le bonheur. Après la joie des retrouvailles, ils sont invités à assister à un match de football.

La rencontre oppose l'équipe de l'Est à celle de l'Ouest, deux villes de l'île. Superbe, dramatique, élégante, elle s'achève sur le résultat de trois buts à un, au bout de quatre-vingt-dix minutes. Les matelots se lèvent alors pour quitter le spectacle et rentrer dormir. C'était le soir. Mais non, mais non, clame la foule, qui les fait rasseoir, ce n'est pas fini.

La partie reprend de plus belle et, sous des torches vives, se prolonge la nuit. Le temps passe et les anciens matelots ne comprennent plus : exténués, hors de souffle, les joueurs tombent les uns après les autres, jambes dévorées de crampes. Mais, têtue, la rencontre continue. Chaque équipe marque et, vers les petites heures de l'aube, on en est à huit à sept. Cela devient ennuyeux.

Tout à coup, la population se lève, agite bras et mains, hurle sa joie, tout prend fin : le but de l'égalisation vient d'être tiré à bout portant par un avant qu'on porte en triomphe autour du terrain. Chacun crie : huit à huit, huit à huit, huit à huit ! Ensommeillés, abasourdis, incapables de saisir clairement l'événement, les matelots regagnent en hâte leurs cases pour se coucher.
Quelques heures après, les palabres vont leur train. Stratégie, tournois, résultats, on reprend les conversations d'autrefois. Et peu à peu la vérité se fait jour.

Les naturels (1) jouaient au même jeu que naguère, avec des équipes comprenant le même nombre d'hommes sur des terrains de même forme, mais ils avaient changé une règle, une seule petite règle.

- Une partie s'achève quand une équipe gagne et que l'autre perd, et seulement dans ce cas-là ! disent les marins. Il faut un vainqueur et un vaincu.
- Non, non, prétendent les insulaires (2).
- Comment départager alors vos équipes ? demandent les matelots.
- Que signifie ce mot dans votre dialecte ?
- Une différence de but.
- Nous ne comprenons pas vos idées. Quand vous découpez une galette selon le nombre de ceux qui sont assis autour du four, ne la partagez-vous pas ?...
- Certes.
- ...et chacun en mange une partie, n'est-ce pas ?
- Sûrement.
- Cette galette, avez-vous jamais l'idée de la départager ?
- Cela ne voudrait rien dire, protestent les marins à leur tour, bâbordais résolument ou tribordais (3) de toujours.
- Mais si, comme au football. Quelqu'un la mangera tout entière et les autres ne mangeront rien, si vous la départagez.
Les visages pâles, interloqués, se taisent.
- Pourquoi les équipes se départageraient-elles ?
- ...
- Nous ne comprenons pas cela qui n'est ni juste ni humain, puisque l'une l'emporte sur l'autre. Alors nous jouons le temps du jeu que vous nous avez appris. Si à la fin le résultat se trouve nul, la partie s'achève sur le vrai partage.
- ...
- Sinon les deux équipes, comme vous le dites, sont départagées, chose injuste et barbare. À quoi bon humilier des vaincus si l'on veut passer, comme vous, pour civilisé ?

[...] Dans les vents qui les ramenaient vers leur ville et leur famille, parmi le balancement régulier des hamacs, en équilibre doux dans le berceau de la houle, les matelots songeaient à cette terre singulière, île nulle ou tierce (4), absente des cartes marines. Ils palabraient, couchés, les mains sous la nuque :

- Dis, la dernière guerre, nous l'avons gagnée, n'est-ce pas ?
- Certes.
- À Hiroshima ?
- ...
- Gagnée, vraiment ?




Michel SERRES, Le Tiers-Instruit, 1991.
  1. Les naturels : les habitants de l'île.
  2. Les insulaires : les habitants de l'île.
  3. Bâbordais : homme d'équipage travaillant sur la partie gauche du navire
    Tribordais : homme d'équipage travaillant sur la partie droite du navire.
    L'expression signifie que les marins sont attachés à l'ordre des choses ; ils n'apprécient pas ce qui remet en cause leurs habitudes.
  4. Tierce : inconnue.

samedi 3 février 2018

Vous avez dit blockchain ?

La blockchain est bien plus qu'une technologie


Mardi dernier, j'ai parlé de blockchain à l'ENA. Bon, j’avoue que j’avais face à moi des responsables de différentes administrations de l’État réunis par la Brasserie des idées pour accélérer la transformation numérique de leurs services en relation avec leurs publics respectifs.


Cela fait maintenant trois ans que je parle de blockchain. Trois années de maturation et d'expériences diverses pour pouvoir expliquer que la blockchain est bien plus qu'une technologie. Et si j'explique cela, c'est parce que ces dernières années m'ont permis d'étudier de près le facteur humain et particulièrement les générations Y et Z, et surtout de cogérer de l'intérieur une civic tech et différentes communautés de pratiques.

Mon pitch sur la blockchain est désormais quasiment au point.

1/ Comprendre que nous vivons trois mutations profondes : numérique, environnementale, sociétale. 
Les générations Y et Z sont en effet numériques et collaboratives, organisées en tribu et fonctionnant plutôt en mode projet. 
Les usines tendent vers l'ultra-numérisation, ce qui induit l'horizontalisation des process et le désilotage des organisations.
Dans le même temps, la société française est fragilisée par trois défiances : celle des responsables politiques envers les citoyens ; des dirigeants d’entreprise envers les salariés ; des présidents d’association envers des jeunes prêts à s’investir.

2/ Comprendre qu’innover, c’est bien plus qu’optimiser : amélioration continue, ajout de nouvelles fonctionnalités à des services existants, exploration de nouvelles technologies (Blockchain, intelligence artificielle...)

3/ Comprendre que la Blockchain est une technologie inventée par des hackers, des crypto-anarchistes » suite à une succession de défiances envers les institutions, notamment après la crise financière de 2007. 
Deux cas sont souvent cités : les banques et le cadastre. Dans le premier cas, l'exemple chypriote a montré que les clients peuvent se voir déposséder d'une partie de leur argent sur simple décision étatique. Pour le cadastre, il suffit de regarder au fil des siècles le nombre d'aborigènes dépossédés de leur terre après une invasion ou un changement de gouvernement.

4/ La Blockchain est une technologie permettant d’automatiser des transactions en contournant les tiers de confiance par des contrats communiquant.
J'aime bien reprendre l'exemple des assurances en cas de retard d'un vol ou d'un train. Dans la vraie vie, c'est le parcours du combattant pour connaître ses droits et parvenir à un remboursement. Avec une blockchain, des contrats communiquant entre eux pourraient permettre le versement sur le compte  bancaire du bénéficiaire quelques minutes après la connaissance de la data indiquant le dépassement du seuil de retard. Je ne vous parle pas des effets induits et de l'impact sur la hausse immédiate des contrats d'assurance...

 5/ Plus que la techno, il s’agit de comprendre, d’entendre et d’entrevoir les nouvelles attentes pour imaginer les réponses futures : des populations collaboratives, une gouvernance en mode do-ocratie (du verbe to do, faire ; les faiseux chers à Alexandre Jardin), un environnement ultra-numérisé. Les technologies ne sont qu’un moyen d’y parvenir.

6/ Les cas d’usage sont déjà nombreux, en sus des banques, du cadastre et des assurances : crypto-monnaies, actes notariés, droit d’auteur, énergie (autoconsommation collective, certificats verts, bilan carbone, ...), logistique (économie circulaire, carnet de maintenance, mobilité transnationale), e-santé...

7/ Imaginer les effets induits en terme de financement : à l'instar du cas des assurances décrits précédemment, il convient pour l'État de s'attaquer aux impacts du financement des mutations numériques, et surtout des transferts de financement d'un vieux monde vers un monde nouveau. Il suffit de regarder le dilemme de la politique de santé publique : l'augmentation du financement pour le maintien des personnes âgées à domicile devraient normalement s'accompagner d'une diminution du financement de leur accueil dans les établissements publics...

8/ Anticiper la fracture numérique et accompagner l'inclusion numérique des personnes isolées ou non-connectées.

Voilà. N'hésitez pas à me faire part de vos remarques pour affiner et/ou corriger mon pitch.

vendredi 27 octobre 2017

Chronique d'un prof d'université (7)

Chroniques d’avec des étudiants. Nouvelle saison.


Ce matin, retrouvailles avec les étudiants pour deux heures de zoom sur le marketing des services, après deux heures sur la stratégie d’entreprise et huit sur la stratégie marketing.

C’est quoi un service ? Et une prestation de service ? Et la différence entre un produit et un service, notamment dans la relation client ? 


Et quelle stratégie de positionnement pour un service ? Comment tarifer un service ? Comment donner confiance et satisfaire un client/prospect acheteur d’un service ? Et comment imaginer un service et surtout, comment passer de l’idée à un défi à relever ?

Durant la dernière heure de cours, je les ai fait plancher sur le cas d’école que je leur fais reprendre à chaque cours. Alors, j’ai utilisé une brique du design que j’avais conçu et approuvé il y a un an pour faciliter une non-réunion avecl’association d’EDF « Énergies de femmes »


Des séquences très courtes qui se succèdent pour passer de l’idée au défi que leur sous-groupe va relever. C'est fou comme ce type d'exercice favorise une vraie énergie collective créative. Du coup, on a fini par le vernissage de leurs œuvres produites.


Quand je leur ai expliqué ensuite pourquoi je prenais ces photos et que je les posterai sur mon blog et les réseaux sociaux, ils m'ont donné leur accord et ont m^me voulu signer leurs créations. La e-réputation, ils comprennent vite ! 

Au fait, pourquoi je publie ces chroniques d'un prof ?

Et bien, comme j'essaie d'irriguer la vie citoyenne et les entreprises avec ces techniques favorisant l'écoute active et l'intelligence collective dans la conception et la prise de décision, je veux irriguer également le monde de l'enseignement. Et quand j'ai expliqué cela aux étudiants, ils ont tout de suite été d'accord pour y contribuer ! Un signe plutôt encourageant q;-)







samedi 30 septembre 2017

Chronique d'un prof d'université (6)

26 septembre 2017. Chroniques d’avec des étudiants. Nouvelle saison.



Après une belle discussion avec Catherine Ledig, responsable de ce Master, elle m'a proposé un nouveau cours de 4 heures pour sensibiliser à l'industrie du futur les 40 étudiants des deux promos Master 2 AES (Administration économique et sociale) Gestion et Droit de l’Économie Numérique - "Droit de l'économie numérique" et "Commerce électronique" - de la Faculté de droit, de sciences politiques et de gestion de l'Université de Strasbourg.

Du coup, j'ai récupéré des bribes de cours en les complétant par les expériences et infos agglutinées depuis trois ans que ce sujet me passionne et occupe mon cerveau. Et comme j'ai pas mal bourlingué ces derniers mois dans des communautés de pratique et des mondes collaboratifs (#MAVOIX, Les Facilitateurs d'Alsace, ...), j'ai (enfin) décidé d'appliquer ces notions dans mes cours.

2+5+10



Après une rapide présentation sous forme de warm up, je leur ai proposé une première séquence de travail en sous-groupes, inspirée par ce que m'a appris Adeline Schwander (Les Z'Ailes) : le 2+5+10

  • Vous leur montrez une question, en l'occurrence "C'est quoi l’industrie du futur pour vous ?"
  • Chacun a ensuite 2' pour noter ses réflexions personnelles et une question dont il aimerait avoir la réponse.
  • Ils ont ensuite 5' pour poser leur question aux autres membres du sous-groupe, qui apportent souvent 80% des réponses.
  • Ils ont enfin 10' pour poser aux autres sous-groupes les questions restées sans réponses. Seuls 5% des questions restent en général sans réponse.
A des fins pédagogiques, je leur décrypte la séquence qu'ils viennent de vivre, cet exercice démontrant l'intérêt de réunir des participants pour mettre en commun leur intelligence collective, les obligeant à dialoguer avec des inconnus et à être dans une posture bienveillante et d'écoute active.

2 rêves convergents


Pour la séquence suivante, je les ai répartis en 4 sous-groupes imposés, 1 par rangée de table.

J'ai ensuite demandé à ceux des second et quatrième rang de regarder le mur du fond pendant que je montrais aux autres une question à laquelle je leur demandais de réfléchir.  Puis j'ai fait de même pour les rangs 1 et 3. Les deux questions : C'est quoi une industrie en 2027 ? C'est quoi un salarié d'une industrie en 2027 ?

Après 10', je leur ai demandé de présenter une synthèse de leurs réflexions et de confronter leurs points de vue.


Pour tout projet touchant au numérique, et donc souvent à l'innovation, il est essentiel de se projeter dans un futur éloigné pour imaginer le chemin à court terme pour y parvenir. La séquence de ces rêves partagés permet justement d'avoir une vision, tout en confrontant les points de vue individuels et collectifs, ainsi qu'en essayant d'entrevoir les opportunités et menaces pour les différentes parties prenantes.

J'avais eu la chance de pratiquer cette exercice en tant que participant lors de la toute première session de la communauté de pratique Le facteur humain dans l'industrie du futur, une communauté impulsée par Mireille Hahnschutz (CCI Alsace Eurométropole) dont le design et l'animation des trois premières sessions avaient été confiés à Florence Rémy et Marcellin Grandjean, experts en facilitation et coaching de groupe.

Pour les convaincre, je leur ai projeté ce reportage datant de 1969 sur une petite découverte susceptible de changer le monde...



Les grandes étapes économiques sont toujours liées à l’énergie et aux transports, le tout induisant des changements sociaux…


La troisième partie du cours était plus classique et m'a permis de leur expliquer et d'essayer de leur faire comprendre que les mutations de nos sociétés sont toujours induites par des révolutions techniques liées à l'énergie et aux transports.



Pour aider les étudiants à voir les impacts passés pour comprendre les impacts futurs, j'aime bien leur citer ces deux phrases de Jeremy Rifkin (La troisième révolution industrielle - Ed. LLL - 2012) :

  • Concernant la seconde révolution industrielle : "Pratiquement du jour au lendemain, des millions de gens ont commencé à troquer leurs chevaux et cabriolets contre des automobiles."
  • Concernant notre monde actuel, l'auteur américain explique qu'aujourd'hui, nous sommes à la veille d'une nouvelle convergence entre technologie des communications et régimes énergétiques : "La jonction de la communication par Internet et des énergies renouvelables engendre une troisième révolution industrielle. Au XXIe siècle, des centaines de millions d'êtres humains vont produire leur propre énergie verte dans leurs maisons, leurs bureaux et leurs usines et la partager entre eux sur des réseaux intelligents d'électricité distribuée, exactement comme ils créent aujourd'hui leur propre information et la partagent sur Internet."


Des baby-boomers à la génération Y, Z ...


Au delà des mutations technologiques, je leur explique ensuite l'influence des évolutions générationnelles pour les aider à mieux appréhender les mutations sociétales en cours, la numérisation des entreprises favorisant les collaboration numériques et physiques dans l'entreprise, et vice versa, de même que l'open innovation avec les clients, partenaires et prestataires de l'entreprise.  J'insiste pour qu'ils comprennent que l'entreprise dans laquelle ils travailleront dans un an est constituée d'hommes et de femmes représentant ces différentes générations, et qu'eux même doivent être vigilants pour ne pas apparaître comme des extra-terrestres aux yeux de leurs futurs collègues plus âgés. Pour ancrer cela, je m'appuie sur trois vidéos que je les invite à regarder sans plus attendre sur leurs ordinateurs :


Ces trois vidéos inspirantes nous avaient été projetées lors de la troisième session de travail de la communauté Facteur humain.

Vivre sans attendre l'expérience du futur immédiat 


Après cette récréation vidéo, je souligne la grande différence entre l'efficacité et l'efficience (l'efficacité au moindre coût), et leur explique qu'il est essentiel de savoir écouter et analyser pour comprendre le problème à résoudre réellement. D'autant plus que votre "donneur d'ordre" n'en est pas toujours conscient et qu'il appartient aux différentes parties prenantes, dont eux-mêmes en tant que futur prestataires internes ou externes, de se mettre d'accord sur le problème à résoudre pour co-construire un défi à relever. J'illustre mon propos par cette phrase lue récemment et que je trouve tellement juste : "Nous nous trompons le plus souvent parce que nous trouvons une bonne solution mais au mauvais problème plutôt que de donner une mauvaise solution au bon problème !!"

Je leur présente ensuite le concept d'industrie du futur, vu notamment par les industriels allemands, mais également par la politique Industrie du futur menée en France depuis 2015 avec l'Alliance Industrie du futur, les Régions et les CCI.

J'enchaîne ensuite sur l'importance de rester en veille active sur ces questions industrielles et je les invite à participer et vivre une expérience intense et inspirante lors du Hacking Industry Camp qui aura lieu du 13 au 15 octobre prochain à l'INSA Strasbourg. Cela me permet de leur expliquer comment on passe d'une idée à un projet, puis à un défi. J'en profite pour leur montrer la méthodologie employée par X-Five et Alsace Digitale pour optimiser les chances de réussite d'un défi à relever.


Avant-dernier exercice pour les pousser dans leurs retranchement, je leur propose un exercice que j'ai déjà eu l'occasion d'éprouver auprès de responsables industries il y a quelques mois, et de 120 collègues plus récemment. Un exercice que je ne détaillerai pas ici mais qui les aide à se requestionner sur la base des impacts futurs liés à la technologie blockchain, tous autant qu'ils sont, futurs juristes ou web-marketeurs présents dans cette salle de cours.  

Casser les barrières psychologiques entre vie professionnelle et vie privée


Après ces trois heures en "immersion" dans l'industrie du futur, je leur propose un dernier exercice qui pourrait leur sembler plus futile.

Je les invite à se regrouper en 3 sous-groupes, les obligeant ainsi à former des groupes plus nombreux, et donc nécessitant encore davantage d'attention aux autres. Je leur donne 30' pour avancer sur le thème suivant : "Ils sont 40 ici et viennent de commencer leur année universitaire. C'est donc l'occasion pour eux d'imaginer et d'organiser samedi dans 15 jours une soirée leur permettant de mieux se connaître. 3 groupes et donc, potentiellement, 3 projets différents."


Au bout de 10', je les interromps pour m'assurer qu'ils sont d'accord entre eux sur le problème à résoudre et donc sur le défi qu'ils veulent relever. Évidemment, ils me font de grands yeux car ils étaient tous déjà partis sur un projet, sans avoir pris soin de vérifier qu'ils voulaient répondre aux mêmes besoins entre eux... Je leur montre alors un guide qui peut les inspirer. 
  • Problème à résoudre (défi à relever) ? 
  • Objectif ? 
  • Cibles ? 
  • Votre projet ? 
  • A quel coût (global et individuel) 
  • Comment communiquez-vous, notamment entre vous ? 
  • Avec quels partenaires ? Qui fait quoi, notamment entre vous ? 
Décryptage :
  • Les photos parlent d'elles-même et la proximité entre eux dans chaque groupe de travail, tant physique que culturelle et psychologique, est bien plus évidente dans les 3 sous-groupes présents que dans ceux du début de matinée.
  • Les ordinateurs ont disparu de leurs tables, faisant ainsi disparaître ces murs virtuels qui les séparent physiquement, augmentant d'autant l'écoute active et le foisonnement d'idées.
  • Ces moments de cogitation collective et de co-construction sont propices à la créativité, mais il faut savoir se fixer un cadre et une méthodologie pour avancer dans l'idéation.
  • Le sujet plus proche de leur vie privée casse les a priori et mobilise les énergies de chacun au profit d'un projet euphorisant, leurs sourires traduisant à l'évidence le plaisir vécu à l'instant.
Juste après ces mots, je leur annonce que nous n'aurons plus le temps d'entendre leurs projets, et que l'essentiel de l'exercice visait justement à leur montrer qu'ils étaient parfaitement capable de casser leurs a priori et de travailler rapidement et efficacement ensemble, pour peu que le sujet les intéresse vraiment. Du coup, je les invite à recréer ces dynamiques de co-construction euphorique dans leurs projets futurs, estudiantins ou professionnels, insistant que cela ne dépendait que d'eux-mêmes de créer les conditions favorables à cela.   

Pour conclure et avant de leur souhaiter une très belle année universitaire, je leur ai suggéré de croiser entre eux leurs 3 projets car "je suis persuadé que, sans vous le demander au titre de prof, vous allez avoir envie d'organiser une fête entre vous dans 15 jours !

Les aider à s'accorder le permis de s'assumer !


En complément, et pour ceux qui me connaissent, la constitution d'un groupe est toujours pour moi un moment essentiel et structurant pour leur développement personnel (voir session 2) et surtout mon TEDx consacré au Permis d'être soi-même). 

Pour le premier exercice (2+5+10), je leur avais demandé de se répartir librement en 4 sous-groupes. Puis je leur ai demandé de se lever par sous-groupe à tour de rôle pour faire "coucou" aux autres sous-groupes. Dès le deuxième sous-groupe debout, j'ai demandé aux autres si rien ne les perturbait. Très vite, un étudiant a remarqué qu'il n'y avait que des filles dans le sous-groupe. Effectivement, je leur ai donc demandé de se mélanger, ce qui fût fait dans la minute suivante. Pour le reste, RAS, la mixité culturelle était respecté, donc aucune "leçon" à donner à ce sujet.

Deux autres remarques pour le second exercice des rêves partagés où je leur imposé de se répartir par rangée de tables en leur demandant bien évidemment de se rapprocher de part et d'autre de leurs tables de travail.

  1. 2000 ans de mauvaises habitudes à changer en 10'... Je leur ai laissé 3 minutes avant de les sensibiliser au fait qu'il était important qu'ils se mettent d'accord dans chaque sous-groupe pour désigner une personne qui prendrait les notes et celle qui rapporterait le fruit de leurs réflexions au reste des étudiants.
    2 minutes plus tard, je leur ai demandé s'ils s'étaient mis d'accord sur la personne qui prenait les notes et, devant le "oui" collectif, j'ai demandé aux quatre personnes concernées de se lever. Je n'ai pas eu besoin de leur demander s'ils y voyaient un problème et leur ai expliqué que je trouvais inadmissible que seules des filles étaient debout... Sans débat, je leur ai expliqué qu'avec moi, seuls les garçons prendrait les notes durant mes 26 heures de cours à venir. "OK, c'est du masculinisme", leur ai-je dit, mais dont acte.
  2. Tous pour un et un pour tous ! Cette séquence les a forcés à collaborer avec des voisin-e-s qu'ils connaissaient moins et je leur ai expliqué, après coup, la nécessité pour chacun d'être vigilants et de s'assurer que chacun prenait bien la parole et pouvait s'exprimer, qu'ils formaient une équipe projet et que leur force était collectives grâce aux super-pouvoirs que chacun d'eux individuellement pouvait apporter au collectif.

Chronique d'un prof d'université (5)

Comment je suis devenu prof en mutations numériques et sociétales ?


Bon, je vais commencer par resituer le contexte. Dans les années 90', alors que j'étais devenu un fils de pub, j'ai eu la vision d'un monde en devenir en découvrant de nouvelles expressions comme Internet et Intranet. Très rapidement, je me suis documenté et j'ai pu créer les premiers sites internet de mon énergéticien régional préféré (1998) ainsi que son intranet (déployé en 2000). Mais quand il s'est agi quasiment dans la foulée de créer les premiers services en ligne, je me suis souvenu qu'après avoir réussi à échouer (merci Boris Cyrulnik - Un merveilleux malheur - Ed. Odile Jacob - 2002) mes études de médecine, j'avais essayé de m'orienter vers la publicité et l'informatique et que c'était la publicité qui m'avais finalement choisie. L'histoire se répétait et j'étais vraiment à la croisée des chemins.

Le problème de ce monde d'alors, c'est qu'il existait des agence web, des sociétés d'informatique, mais très très peu d'experts capables de développer des projets de commerce électronique. Du coup, j'ai découvert et décidé de suivre une formation continue en Commerce électronique, imaginée par Catherine Ledig et Kostas Nanopoulos à l'École de management de Strasbourg. Outre le fait d'y rencontrer des profs et des "camarades de classes" devenus de vrais bons amis, cela m'a permis de créer une team et un pôle e-business (merci Sendil SinivassaneTanguy De JansEmmanuelle Fuhrmann pour cette aventure !!) pour développer les premières agences en ligne et les premiers services en ligne (paiement en ligne, outils d'autogestion convergents, flexibles et évolutifs) de ma boîte (2001).

Très rapidement Catherine m'a proposé de donner des cours pour témoigner de mon cas concret de transformation numérique et de transmettre aux étudiants les méthodologies et expertises requises. Et depuis 2003, je renouvelle chaque année ce défi d'enseigner des notions à des jeunes bien plus caler que moi en la matière. Mais, apparemment, je fais plus que simplement illusion, fort d'une solide expérience dans des domaines innovants plutôt variés q;-).

En 2009, la fusion des universités de Strasbourg en une université unique s'est traduite par l'abandon de cette formation pour l'EM Strasbourg et du coup, sous l'impulsion de Catherine, tous les profs ont inventé un mercato vers la Faculté de droit, de sciences politiques et de gestion, qui nous a accueillis à bras ouvert pour accélérer sa propre transformation numérique..

"C'est toujours une formidable énergie positive et un vrai plaisir de retrouver de nouvelles têtes préformatées à déconstruire pour mieux les aider à devenir des visionnaires stratèges et opérationnels, et surtout pour les aider à s'accorder leur permis d'être soi-même" 


Et voilà. Et chaque année, c'est un vrai défi de me mettre à niveau, mais surtout de proposer un apprentissage repensé à l'ère de l'intelligence collective et collaborative chère à ces formidables générations Y et suivantes. Et chaque année, c'est toujours une formidable énergie positive et un vrai plaisir de retrouver de nouvelles têtes préformatées à déconstruire pour mieux les aider à devenir des visionnaires stratèges et opérationnels, et surtout pour les aider à s'accorder leur permis d'être soi-même (merci Daniel Jurquet, merci Adeline Schwander, merci Thierry Le Pesant !).

Du coup, depuis l'an dernier, ce blog me permet d'expliquer certaines de ces transformations que j'essaie d'activer.

vendredi 16 juin 2017

Le facteur humain dans l'usine du futur (15)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur.

Grande première pour cette quinzième session où la communauté de pratique du "Facteur humain" a rencontré la communauté émergente des "Offreurs de solutions du Grand Est".
 
La séance de travail de mai dernier avait été l'occasion pour Jean-Philippe Bootz, responsable de la Chaire Management des connaissances de l'EM Business School, de faire entendre sa perception de la communauté de pratique "Le facteur humain dans l'industrie du futur" à laquelle il participe depuis son lancement il y a un an et demi, aux côtés d'une quinzaine d'industriels alsaciens (Liebherr, EDF/ÉS, Wolfberger, Alpaci, NSC Schlumberger, Wanzl, Spirotec, Méca Service, ...). Pour ce rendez-vous de juin, Mireille Hahnscuhutz (CCI) et Bernard Bloch (ÉS) avaient décidé de leur faire rencontrer les membres de la communauté des Offreurs de solution du Grand Est.

Cette toute jeune communauté émergente est encore en train d'affiner son mode d'organisation et ses moyens de communication, mais force est de constater qu'elle a très rapidement appris à s'auto-gérer. Il faut dire que le Salon Industries du futur qui s'est tenu à Mulhouse les 14 et 15 mars la permis aux offreurs de solutions de s'afficher pour la première fois sous la bannière de offreurs de solutions du Grand Est et des documents créés sous l'impulsion de la CCI Alsace Eurométropôle, en coordination avec l'Alliance Industrie du Futur.

Après un speed-datinfg qui aura permis aux membres des deux communautés de faire connaissance, Yan-Erik Decorde et Stephan Kohler (Liebherr) a proposé aux participants de justement partager leur retour d'expérience du Salon de Mulhouse, les uns en tant qu'offreurs de solution ayant loué un stand de présentation, les autres en tant qu'industriels ayant découvert le salon et certains offreurs de solution.
De l'avis général, chacun a apprécié l'expertise des exposants autant que celle des visiteurs. Une première réussie pour cet événement impulsé par la Région et les CCI du Grand Est, en coordination avec l'Alliance Industrie du futur, trois organismes qui avaient profité de cet événement pour amener de nombreux industriels à rencontrer les offreurs de solutions.

Après ce temps de partage, les deux communauté se sont séparées pour prolonger leur travaux respectifs. Pour creuser le facteur humain, la communauté avait accepté de bénéficier d'une sensibilisation sur la communication bienveillante, réalisée par Vincent Reininger, Alicia Szefner, Hamza Lahlou et Alexandre Lourdel. quatre étudiants auto-entrepreneurs de quatrième année du Bachelor Jeune Entrepreneur (EM Business School). Cette formation originale utilise la pédagogie Team Academy, créée en Finlande. Voici un lien vers un article de Yannick Stamm sur la communication bienveillante.

Comme l'expliquaient les jeunes entrepreneurs, "Une équipe apprenante est une équipe qui a pour objectif d’apprendre des autres membres. Ou l’on cultive la bienveillance au lieu de cultiver individualisme et la perversion." Un bon moyen de susciter l'attention bienveillante des industriels membres de la communauté de pratique.

Le prochain rendez-vous de la communauté est fixé au 7 juillet prochain pour un point d'étape des expérimentations en cours chez un certain nombre de membres.


Chroniques sur le facteur humain dans l'usine du futur : Au commencement - Chronique suivante

vendredi 31 mars 2017

Le facteur humain dans l'usine du futur (14)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur. 

C'est chez Wolfberger à Colmar que les membres du groupe de travail sur le facteur humain dans l'industrie du futur se sont retrouvés fin mars pour une session-bilan où il a été beaucoup question de management des connaissances et de communauté de pratique.


Voilà plus d'un an que les participants se rencontrent mensuellement et l'heure est au bilan. Pour l'occasion, les participants ont demandé à Marcellin Grandjean de venir les aider à préciser les prochains enjeux et identifier les pistes d'améliorations. Marcellin est l'un des deux coaches qui, avec Florence Rémy, avait accompagné les débuts de cette communauté apprenante lors des quatre premières sessions de travail.

Le début de séance se déroule debout, le groupe entourant des images posées au sol. Chacun sélectionne une image représentative de son état d’esprit du moment et la commente. Le sentiment général confirme que cette session était attendue par chaque participant.

La séquence-bilan proposée par Marcellin est construite à partir de la roue du projet, le support sur lequel chaque membre du groupe avait exprimé ses attentes dès la seconde session de travail.

L’exercice se déroule en mode interview, en binôme, et chacun décrit sa perception du niveau de réalisation du projet, les satisfactions éprouvées et ce qui a moins bien marché. Marcellin remet ensuite à chacun une fiche qui reprend le thème exprimé il y a un an.

Les restitutions des différents binômes mettent en avant les bonnes pratiques et les points d'amélioration du groupe de travail. Trois remarques reviennent fréquemment :
  • la satisfaction d’avoir eu des échanges ouverts et riches au sein du groupe de travail,
  • la difficulté à trouver du temps pour faire avancer les sujets entre les rencontres,
  • la nécessité de formaliser les résultats obtenus.
La démarche se poursuit en sous-groupes, pour formaliser, à l’aide de post-it, des éléments de réponses à différentes questions.
  • Quelles seront nos victoires dans 1 an ?
  • Que faut-il garder ?
  • Que faut-il jeter ?
  • Quel résultat faut-il amplifier ?
  • Que faut-il réduire ?
  • Que reste-t-il à créer ?
A partir des restitutions de chaque groupe, deux feuilles de route sont élaborées : Amplifier ; Créer. 

Amplifier
  • Développer les travaux en sous-groupes et les chantiers ponctuels pour expérimenter des thématiques à restituer lors de la rencontre mensuelle. Notion de sous-groupes référents, identification de l'expert externe.
  • Se re-questionner sur des thèmes avec l'aide d'un expert en animation pour redynamiser le groupe.
Créer
  • Travailler en sous-groupes.
  • Faire appel à des expertises externes.
  • Identifier, tester, sélectionner et faire vivre une plateforme d'échange. Cette plateforme peut être utilisée pour un appel à l'aide pour traiter une question (forum, LinkedIn)

Le pilotage des communautés de pratique : cadrage et enjeux 

Lors de la session précédente, les membres du groupe de travail avait souhaité que cette session-bilan soit aussi l'occasion d'entendre la perception de Jean-Philippe Bootz, expert en communautés de pratique. En imaginant la création de ce groupe de travail, EDF avait en effet proposé à la Chambre de Commerce et d'Industrie de rencontrer Jean-Philippe pour l'intégrer en immersion au sein me^me de cette future communauté apprenante. Enseignant-chercheur à EM Business School, Jean-Philippe est également responsable de la chaire Management des connaissances, une chaire justement soutenue par EDF et ÉS.

Dans l'amphithéâtre, Jean-Philippe reprend une présentation qu'il a faite devant des décideurs de grands groupes français. Le management des connaissances et les communautés de pratiques sont en effet des thématiques qui impulsent aujourd'hui de nouvelles dynamiques au sein des entreprises. 

"On peut distinguer 3 périodes d'évolution des économies contemporaines capitalistes", explique Jean-Philippe.


  • 1950 : économie de production de masse, prix, coûts -> : Taylorisme
  • 1975 : crise, l'offre s'ajuste à la demande, économie de la qualité -> Toyota
  • 1990 : économie de la connaissance .La demande est très inférieure à l'offre, très volatile -> Introduire de la nouveauté => Innovation indispensable, toutes les entreprises, tous secteurs.
"La connaissance est un actif précieux pour l’entreprise. C’est pourquoi apparaît un management des connaissances. La création de connaissance passe par la créativité et l’exploration. La diffusion permet un partage des connaissances dans l'entreprise. La capitalisation se fait grâce aux retours d'expériences. Les communautés sont ainsi des structures sociales particulièrement agiles dans ce contexte."

L'enseignant-chercheur prend l'exemple d'une des premières communautés auto-apprenante. Cela concernait des réparateurs de photocopieurs Xerox qui, à partir d'un guide d'utilisation qui était un outil individuel, ont développé une véritable plateforme communautaire constituée de leurs moments de rencontre entre dépanneurs pour partager et échanger leurs trucs et astuces, devenus des réunions informelles et régulières, le tout formant un stock de compétences très concrètes. Tous ces outils leur ont ainsi permis de devenir de meilleurs réparateurs, touten s'appuyant sur une auto-organisation ignorée par leurs managers qui n'avaient aucunement connaissance de ces rencontres.

Une communauté peut ainsi être caractérisée en quatre points :
  • un regroupement de personnes engagées dans la même activité,
  • une volonté d’amélioration continue,
  • un développement des compétences de ses membres,
  • une auto-organisation qui peut dépasser les frontières de l'organisation de l’entreprise (ouverture sur l'extérieur).

De la communauté de pratique au transfert de connaissances 

Reprenant les travaux de Lave et Wenger (1991), Jean-Philppe Bootz explique comment se transmet la connaissance par étape au sein d'une communauté de pratique. "Au travers d’un apprentissage autour d'une activité, le nouveau venu s'engage dans une communauté de pratique, commence par apprendre des choses simples, en demandant conseil au membre le plus abordable, souvent le plus proche de son propre niveau. Progressivement, on s'approprie des tâches de plus en plus complexes ( c'est l'acculturation - pour atteindre le niveau d'expert. Le moteur consiste à pouvoir accéder aux connaissances capitalisées par la communauté de pratique (CoP)."

Plusieurs exigences s'imposent :
  • apporter ses propres expériences, ne pas parasiter le système,
  • l'entraide,
  • la confiance,
  • l'engagement mutuel,
  • la résolution collective de problèmes.

Piloter les communautés de pratique: un défi 

"Une communauté de pratique n'est pas un monde idéal, insiste Jean-Philippe. Et vouloir piloter une communauté de pratique relève quasiment d’un non-sens. Le problème à surmonter est de "stimuler sans étouffer" les activités de la communauté.Cette forme de "soutien non intrusif" suppose d’aller à l’encontre de la culture managériale classique. Le pilotage des communautés de pratique représente pourtant aujourd'hui un phénomène en plein essor, comme par exemple chez Schlumberger, IBM, Siemens, Ubisoft, ..."

De nombreux enjeux pour l'entreprise et les communautés de pratique

  • Comment piloter ces communautés et concilier auto-organisation et contrôle ?
  • Quels types de missions peuvent remplir ces communautés ?
  • Qui peut les piloter ?
  • Quels rôles pour les RH ?
Il existe en fait plusieurs types de communautés de pratique pilotée (CoPP) : la CoPP opérationnelle d'exploitation, la CoPP stratégique d'exploration

La CoP Pilotée (CoPP)
  • Il faut un sponsor: un représentant du directoire -> contrôle, éviter les dérives contre productives
  • Il faut un manager coordinateur -> auto-organisation, âme de la communauté
La CoPP opérationnelle d'exploitation
  • Amélioration continue avec des praticiens : formaliser et codifier les bonnes pratiques, animation par un expert du groupe, financé par le sponsor
La CoPP stratégique d'exploration
  • Exploration de connaissances, innovations de rupture: dimension stratégique
  • Sponsor important: déplacement, réunions
  • Manager: intrapreneur (entrepreneur à l'intérieur de l'organisation), à contrecourant de la culture dominante, pas un expert du sujet
On assiste aussi  un phénomène d'ambidextrie. Certaines CoPP peuvent en effet basculer entre les deux modes de fonctionnement selon l'avancement du groupe de travail, voire combiner les deux simultanément.

Dans ce cas, pilotés à la fois par un expert et un intrapreneur.


De fait, la question des communauté de pratique questionne les RH des entreprises.

  • Comment adapter des outils-dispositifs RH aux nouveaux profils de managers (expert-intrapreneur) ?
  • Quel positionnement de la GRH vis-à-vis du pilotage de communautés ?
  • Le DRH devient-il un manager de connaissances ?

Communauté de pratique et perspectives de recherche

Après cette présentation très pédagogique, les membres de la communauté du facteur humain se repose la question : Comment parvenir à une forme d'auto-organisation ?

Un constat s'impose pour les participants : hormis nos chroniques publiées sur le site EDF Alsace, l'évolution des travaux de notre groupe de travail n'est pas suffisamment documentée.

Alors comment instaurer un pilotage accepté par notre communauté de pratique ? Pour Jean-Philippe, "il faut comprendre la culture de la communauté et son mode de langage."

En résumé :
  • La CoP ne s'impose pas partout ni systématiquement.
  • La CoP ne produit rien, elle assure le transfert des connaissances.
  • Il faut une structure traditionnelle pour produire les biens commercialisés.
  • La CoP peut naître à partir du moment où des connaissances et des expériences sont à partager par un groupe de personnes.

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