vendredi 18 mars 2016

Le facteur humain dans l'usine du futur (3)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur.

18 mars 2016. 3ème séance sur le facteur humain dans l’usine du futur. Changement de décor, les industriels se sont donnés rendez-vous chez l’un d’entre eux, Aldes, fabricant de solutions de climatisation des bâtiments. 

La météo des participants semble au beau fixe, tous avides de voir la suite. Au programme, trois sous-groupes, chacun invité à réagir sur une vidéo différente. Zoom sur l’entreprise libérée.


L’entreprise libérée


Frédéric Lippi est le président de LIPPI, fabriquant charentais de clôtures et portails métalliques. Les deux frères ont été sacrés dirigeants digitaux de l’année 2016 lors des trophées des industries numériques organisés par L’Usine Digitale. Petite leçon sur la méthode Lippi.



"Il y a quelques années, notre constat était que notre modèle économique devait évoluer, explique Frédéric Lippi. Notre réponse a été de faire évoluer notre entreprise en faisant évoluer les équipes au cœur de l’entreprise." La stratégie de Lippi a tenu en quatre points qui lui ont permis de devenir une entreprise dynamique dans ses initiatives.

  1. Élargir les champs culturels. 
  2. Faire émerger une vision du vivre ensemble : pourquoi passer plus de temps dans l’entreprise avec ses collègues qu’avec sa famille qu’on a choisi. 
  3. Apprendre à collaborer ensemble, notamment grâce au management visuel. 
  4. Comment faire émerger des leaders, certainement par cooptation, par la confiance des autres pour les représenter. 

Pour accompagner cette transformation, la démarche est essentielle. "Tout le monde n’avance pas au même rythme, comment exprimer ses idées sans agresser l’autre (…). Le développement personnel est un sujet sur lequel nous portons une attention toute particulière. (…) On a des équipes qui acquièrent des compétences extrêmement accélérées. On a aussi des résultats de type beaucoup plus opérationnels : baisse du niveau de stock, remarketing de l’offre, amélioration du taux de service…" 

Pour modifier le modèle économique de l’entreprise, avec l’aide du corps social, et de façon méthodique, "il y a trois préalables indispensables, pour Frédéric Lippi. D’abord de la confiance. Il faut avoir le courage de la présomption de confiance, imaginer que chacun fait du mieux qu’il peut et que sinon, c’est que l’organisation n’a pas été au niveau de cette attente.Second préalable, du temps ! Pour transformer le corps social et générer de la performance durable, il faut du temps pour réfléchir et prendre le temps de faire des essais. Enfin, il faut faire tout en même temps. Il faut penser l’entreprise comme un organisme et faire tout changer un peu en même temps." 

Pour le président de Lippi, les prochaines évolutions toucheront au management. "Comment passer d’un management de contrôle à un management porteur de sens, qui rappelle la dimension de ce qu’on fait, pour quelle raison, et qui va permettre aux équipes de faire face à l’ensevelissement du quotidien. C’est ça le job du management, beaucoup moins dans le contrôle, et beaucoup plus en tant que garant du sens." 

La génération Y


Emmanuelle Duez est co-fondatrice de The Boson Project, un cabinet de conseil d’un nouveau genre, « un laboratoire de développement du capital humain ». Elle explique les 3 caractéristiques de la Génération Y.


"C’est la première génération post-moderne, une génération pour laquelle le futur est plus sombre que le passé." Cette startupeuse explique que c’est une génération qui a vu ses parents se retrouver au chômage après s’être beaucoup donnée pour leur entreprise. "C’est une génération pragmatique, individualiste, qui entretient un rapport avec l’entreprise assez différent par rapport aux générations précédentes." Résultat : une génération qui raisonne plutôt en court-termisme et d’inversion du rapport de force avec l’entreprise. L’épanouissement à court terme suppose du sens, de la transparence, de la reconnaissance de la légitimité et non pas du statut établi. "A quoi ça sert le boulot que je fais tous les jours, à quoi ça sert que je me lève, puisque de toutes façons il n’y a pas d’engagement à long terme ?"

Une autre caractéristique est que la Génération Y est la première génération interconnectée à l’échelle de la planète, du fait de la révolution numérique. "C’est une génération qui est capable de faire plusieurs choses en même temps, de zapper très facilement d’une tâche à l’autre, une génération qui est dans l’impatience…"

La troisième caractéristique est que c’est la prochaine grande génération. "Ce n’est pas un épiphénomène car nos comportements dans les entreprises vont devenir la norme. (…) Se dessinent dans les entreprises des modes de fonctionnement très différents de ceux que l’on connaît à l’heure actuelle." 

Pour les participants du sous-groupe de travail, trois enjeux sont à retenir.

  1. Il faut intégrer le nouveau mode de pensée et de culture de la Génération Y. 
  2. C’est à l’entreprise de s’adapter. 
  3. Il faut intégrer le numérique dans la transformation sociale de l’entreprise. 

En fait, ce n’est pas une question de génération Y, mais des comportements mondialisés par le numérique et ses impacts en terme de plaisir immédiat, de co-conception et de co-développement. En volume, cet état d’esprit représente des millions de personnes qui vont forcer le changement de l’entreprise.

L’open innovation


L’open innovation est une nouvelle façon d’innover, basée sur la confiance entre entreprises, fournisseurs et clients. Mais comment et qui capte la valeur économique ainsi créée ? 

La vidéo du MOOC « Innover et entreprendre dans un monde numérique », proposé par l’Institut Mines-Télécom, apporte des éléments de réponses.



Après visionnage, les participants de ce troisième sous-groupe soulèvent principalement les points suivants :

  • Redéfinir le lien client-fournisseur-prestataire 
  • Externaliser la R&D 
  • Le numérique est la base du lien 
  • L’open innovation s’appuie sur l’extérieur pour réagir et co-construire des solutions 
  • Comment produire tout en étant en écoute ouverte ? 
  • Qui capte la valeur créée ? 
  • Comment organiser les collaborations de l’entreprise ouverte ? 
  • Problèmes légaux de brevets ? 

De l’avis générale des participants, "il faut d’abord réfléchir sur qui on est, car l’entreprise ouverte ne sera plus la même sur l’entreprise fermée. La première étape consiste donc à repréciser qui on est. On le voit bien aussi avec l’exemple de BIC qui s’est rendu compte qu’il n’était pas un fabricant de stylo mais un fabricant d’objets du quotidien en plastique à bas prix. Aujourd’hui, BIC fait des rasoirs, des briquets…" 

Une présentation des travaux du groupe de travail en 2017 ?


Après avoir réagi collectivement à ces différentes approches, le groupe de travail initié par la CCI a commencé à bâtir un plan d’action et espère présenter ses travaux en mars 2017… Sous quelle forme ? En s’appuyant notamment sur les outils qui ont permis d’initier les réflexions lors de ces trois premières séances de travail : des questions pour se projeter, de la co-vision et des paroles d’experts pour faire réagir. Les participants ont d’ores et déjà décidé de se retrouver fin avril pour clarifier leur point de sortie et bâtir leur feuille de route. Une chose est sûre, les participants sont impatients de se retrouver tous ensemble et très régulièrement pour avancer dans leurs réflexions.


Pour Mireille Hahnschutz, conseillère industrie à la CCI Alsace et initiatrice de ce groupe de travail sur Le facteur humain dans l’usine du futur, "le sujet de l’industrie du futur est d’actualité. Tout le monde convient que l’aspect humain sera fondamental. Aucune expérimentation sur le sujet n’existe. Et pourtant, un groupe qui partagera ses apprentissages et les expérimentera apportera de l’eau au moulin. Chacun a des questionnements et a envie d’expérimenter des solutions. Seul, c’est compliqué. Le groupe a d’ores et déjà créé sa propre dynamique d’auto-gestion. Chaque participant deviendra un maillon fort du groupe. L’entreprise libérée est en marche. Et c’est peut-être bien une première en matière de prospective." 



Chroniques sur le facteur humain dans l'usine du futur : Au commencement - Chronique suivante

vendredi 26 février 2016

Le facteur humain dans l'usine du futur (2)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur.


Vendredi 26 février 2016. Le Pôle Formation de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) d’Alsace accueillait la deuxième réunion du groupe de travail planchant sur "le facteur humain dans l’usine du futur.


Lors de la première séance du groupe de travail initié par la CCI Alsace, les participants avaient unanimement conclu que l’humain devait être au centre de l’usine du futur. Un mois et demi plus tard, les participants ont tout d’abord confirmé leur satisfaction de participer à nouveau à ce groupe de travail, avant d’entrer dans le vif du sujet.

"Ce groupe de travail que je pilote a quatre objectifs, a rappelé Mireille Hahnschutz, conseillère industrie à la CCI Alsace. Co-développer les nouveaux modèles d’organisation et de management de l’industrie du futur ; Apprendre à apprendre les uns des autres ; Accompagner la transformation des idées ; Exposer les projets entre pairs."


Casser les silos et les baronnies

Depuis la première séance de travail, plusieurs participants ont souligné qu’ils avaient déjà mis en place des actions dans leur entreprise. Certains ont réuni leurs équipes pour un brainstorming sur les deux thèmes abordés en janvier dernier : C’est quoi un salarié engagé en 2025 ? C’est quoi une entreprise agile en 2025 ?. D’autres ont mis en place un nouveau rituel d’échange entre leur bureau d’études et les fonctions achats, afin de "casser les silos et les baronnies". Dans la plupart des entreprises participant au groupe de travail, une nouvelle forme de dialogue semble se mettre en place entre stratèges et opérationnels, en y intégrant parfois les instances représentatives du personnel. "Il est essentiel aussi de mieux formaliser et distinguer les moments d’échanges informels et formels", précise l’un des participants.

Sortir de l’entreprise et s’intégrer dans des groupes de réflexion à l’externe

Le représentant de l’une des entreprises alsaciennes présentes a indiqué qu’il avait réussi à "inciter ses directeurs à sortir de l’entreprise et à s’intégrer dans des groupes de réflexion à l’externe", une idée que semblent vouloir reprendre d’autres participants. "Il nous faut identifier des porteurs du changement et les intégrer au comité exécutif", souligne l’un d’entre eux.
La deuxième partie de la séance a consisté à valider le cercle vertueux des clés de la performance, établi d’après les idées émises lors de la première réunion. Les participants ont ensuite enrichi ce cercle vertueux par des exemples d’actions concrètes qu’ils ont déjà eu l’occasion de mettre en œuvre dans leurs entreprises. Des actions qui constituent autant de pistes à développer pour améliorer la performance de l’industrie du futur.

1/ L’entreprise pérenne


Proposer un salaire juste par rapport à la valeur ajoutée

Garder toujours le client au centre des préoccupations

  • Mettre le client au centre des préoccupations, à tout moment
  • Intégrer l’aspect client dans toutes les réflexions
  • Emmener des ouvriers chez les clients pour remettre le client au centre des préoccupations de chaque collaborateur de l’entreprise

Acquérir et développer les compétences
  • Encourager la pluridisciplinarité
  • Interdire les groupes de travail de moins de 3 participants de 3 métiers différents
  • Proposer une matrice de polycompétences par métier
  • Développer un centre de formation de jeunes soudeurs
  • Proposer un accompagnement personnel de chacun dans le développement de ses compétences, selon ses aspirations.

2/ Une entreprise où l’on aime travailler


Motiver les collaborateurs
  • Entretenir une dynamique de marche en avant
  • Encourager la promotion interne

Favoriser l’engagement des salariés
  • Engager le changement, en termes de recrutement de nouveaux profils, d’investissements et de responsabilisation

3/ Un management en pointe


Libérer l’entreprise
  • Proposer des ateliers de créativité transverses

Donner du sens au projet et à l’activité quotidienne
  • Construire et partager la stratégie de l’entreprise avec tous les salariés
  • Partager la vision de l’entreprise à 3 ans avec tous les salariés et en abordant les difficultés
  • Aborder les questions de sens et d’orientations stratégiques pour réellement apporter de la valeur ajoutée qui se traduira jusqu’au bas de l’échelle
  • Passer d’une vision métiers-services à une réorganisation géographique des équipes dans un rapprochement produits-clients
  • Donner un nom au projet de changement
  • S’adosser à un projet de start-up pour développer une culture du changement et faire évoluer les mentalités

4/ Une entreprise en transformation


Favoriser l’entreprise agile
  • Exposer la stratégie pour favoriser la demande de formation des salariés dans le sens de l’entreprise

Favoriser l’open entreprise, l’ouverture de l’entreprise sur son environnement
  • Mettre en contact les porteurs de projet avec les filières métiers et les pôles de compétence
  • Développer des partenariats avec des R&D externes
  • Favoriser les échanges et partenariats avec des startups

Favoriser le développement technologique
  • Favoriser des partenariats technologiques experts
  • Imaginer la robotisation de la soudure

Transformer l’entreprise grâce au digital
  • S’appuyer sur les évolutions technologiques afin de développer des algorithmes auto-apprenants et des outils prédictifs pour optimiser le cycle de production de l’usine

Une co-vision des projets des entreprises alsaciennes


Pour la troisième partie de cette réunion du groupe de travail sur « le facteur humain dans l’usine du futur », les animateurs ont constitué deux sous-groupes pour partager leur vision autour de problématiques concrètes exposées par les participants.
  • Quels pourraient être les facteurs clés, voire de nouvelles valeurs, pour séduire et impliquer la nouvelle génération de salariés ?
  • Comment faire évoluer une grille salariale de métiers ouvriers au profit d’une grille motivante et valorisante ?
  • Comment une grande entreprise peut-elle en aider d’autres à se développer vers l’entreprise 4.0 ?
  • Quels indicateurs suivre pour ne pas prendre de retard par rapport aux enjeux technologiques ?
  • Comment orienter la formation des filières professionnelles pour répondre aux besoins futurs des entreprises en termes de salariés animateurs et pluridisciplinaires ?

L’un des sous-groupes a décidé de réfléchir sur la problématique suivante : comment réussir à transformer des agents de maîtrise en animateurs d’équipes face aux défis de l’usine du futur ?

Parmi les réponses proposées, certains ont émis l’idée de trois indicateurs basés sur la qualité, la sécurité, et la performance délai-coût. Les participants ont également insisté sur l’importance de procéder par expérimentation sur une équipe test et de partager le retour d’expérience, afin de valoriser chaque « petit » succès.

On le voit, les entreprises alsaciennes sont conscientes que la route est encore longue vers l’usine du futur. Mais avec l’appui de la CCI et grâce à l’intelligence collective des entrepreneurs, les idées prennent forme et dessinent les prémices d’un plan d’action à l’échelle de la grande région.



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vendredi 15 janvier 2016

Le facteur humain dans l'usine du futur (1)

Résumé des épisodes précédents. Depuis janvier 2016, j'ai chroniqué la vie d'une communauté d'industriels réfléchissant sur le facteur humain dans l'usine du futur. 

Vendredi 15 janvier 2016, Mireille Hahnschutz, conseillère industrie à la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Alsace, réunissait pour sa première session le groupe de travail qu’elle a créé pour réfléchir sur "le facteur humain dans l’usine du futur". EDF avait également proposé d’y convier le responsable de la Chaire Management des connaissances de l’EM Strasbourg.


"Nous souhaitons impulser une dynamique de partage d’expériences avec des industriels alsaciens pour accompagner la transformation des entreprises vers l'usine du futur"


"L’enjeu consiste à maintenir l'industrie en Alsace et réindustrialiser la France, explique la conseillère industrie de la CCI Alsace. Avec ce groupe de travail, nous souhaitons impulser une dynamique de partage d’expériences avec des industriels alsaciens pour accompagner la transformation des entreprises vers l'usine du futur. Collectivement, ces industriels présents vont co-construire des solutions."

Pour introduire cet après-midi de travail, Mireille Hahnschutz a choisi de montrer aux participants une vidéo sur l'Usine du Futur, réalisée par la Fédération des Industries Mécaniques et le Cetim. Répondant en 2 minutes à la question "L'Usine du Futur, c'est quoi ?", cette vidéo rappelle qu'avec le programme Industrie du futur, un mouvement national s'est enclenché pour replacer l'industrie manufacturière au cœur de l'économie.



Avec l'usine du futur, les enjeux sont multiples en termes d’organisation et de management


Le développement des compétences, la capitalisation des savoirs et le transfert des compétences sont souvent cités, en lien étroit avec l’intégration de nouvelles technologies dans les process de fabrication et de décision des entreprises, ou comment accompagner la montée en compétences et l'évolution des métiers opérationnels (productions, maintenance) et managériaux. En face de toutes ces innovations, l’entrepreneur va également devoir pérenniser des compétences critiques et donc fidéliser ses salariés.

Un autre enjeu exprimé par les décideurs des entreprises alsaciennes relève d’une nouvelle génération d’employé, de leur intégration et de leur adhésion aux valeurs et aux objectifs de l'entreprise. Renforcer l'autonomie des équipes et l'implication des collaborateurs dans le processus d'amélioration continue fait ainsi partie des pistes à explorer.

Ces enjeux induisent également que les dirigeants et responsables des ressources humaines vont devoir trouver des solutions et soient très agiles pour libérer les énergies créatives internes. Les participants sont pleinement conscients de la nécessité de devoir recruter des collaborateurs déjà formés à des nouvelles technologies bien spécifiques.

Formant un cercle ouvert, les participants ont convergé sur les enjeux en lien avec l’usine du futur.
"Il va falloir adapter la flexibilité des opérateurs à la flexibilité des moyens de production, dans le contexte de l'industrie du futur."

"L'adoption des nouvelles technologies dans les usines impacte directement les méthodes de travail et la gestion de nos RH."
"Nos collaborateurs vont devoir être pluridisciplinaires et nos modes de fonctionnement davantage transversaux par rapport aux challenges à venir."

Très rapidement, le groupe de travail a partagé ses expériences vécues sur les hommes et les femmes face au changement, notamment par rapport aux impacts induits par l’usine du futur. Parmi les outils mis en œuvre, la présentation d’un module de formation de micro-learning par simulation numérique, du e-learning mis en situation industrielle a séduit un certain nombre de décideurs présents. Cet outil visait à former un grand nombre de salariés à de multiples activités expertes, ceci afin de conjurer les absences maladie pour éviter des arrêts de production.

Pour se projeter dans l’usine du futur, les animateurs ont ensuite demandé aux participants de se répartir dans deux sous-groupes pour réfléchir à deux questions d’anticipation.


C'est quoi un salarié engagé en 2025 ?


Les entrepreneurs présents sont unanimes pour convenir que les motivations du salarié sont la matière première de son engagement. "C’est un collaborateur qui se sent utile pour lui, pour son entreprise, pour sa planète", qui "s'exprime dans l'entreprise", "un collaborateur qui aime le travail", "un collaborateur heureux" et "qui travaille avec plaisir", qui "adhère aux valeurs de l'entreprise" et "aux objectifs de l'entreprise". C’est un intrapreneur, un "co-entrepreneur". Pour les participants, un salarié engagé est avant tout "un salarié heureux de se lever le matin pour aller travailler." Mais attention, il faudra aussi que "sa quête de sens soit d’autant plus satisfaite qu’en 2025 existera peut-être aussi un SMIC social pour les personnes dépourvus d’un emploi."

En complément de sa motivation, l’autre point d’attention lié à l’engagement du salarié, selon les participants, concerne son savoir-être et son comportement. Un salarié engagé est "un collaborateur engagé sur son temps de présence à 100%", "qui est impliqué et qui participe à la création de valeur", "qui est force de propositions", "qui participe au groupe", "qui alerte et partage les problèmes rencontrés", "qui entraîne ses collègues dans le sens positif". Le salarié engagé sera aussi davantage "autonome" et "auto-apprenant", qui "forme les autres" et "qui transmet plus facilement son savoir". C’est aussi un salarié davantage "mobile", "qui valorise l'entreprise à l'extérieur" et "qui a envie de détecter et ramener des clients".


C'est quoi une entreprise agile en 2025 ?


Le second sous-groupe était invité à réfléchir sur l’entreprise agile. Ici aussi, les entrepreneurs ont été productifs. L’entreprise agile de 2025 sera forte d’un management distribué et de salariés polycompétents. "Une entreprise qui crée du sens" avec des "équipes interactives et autonomes", une "entreprise à l'organisation plate, avec peu de hiérarchie", une entreprise qui saura "se développer en misant sur des managers intrapreneurs et experts", avec des "salariés acteurs de leur organisation" et "qui prennent en main leur formation et le développement de leurs compétences", des "collaborateurs polyvalents et polycompétents", capables "d’exercer plusieurs métiers en fonction du besoin", une "entreprise qui suscite la créativité individuelle et collective". C’est entreprise dans laquelle, "en terme de management, chacun des intervenants est capable de savoir de lui même en fin de journée si sa mission a été bien accomplie ou pas."

L’entreprise agile de 2025 devra aussi être réactive, "capable de réagir dans des délais très courts sur des produits très divers", de "s'adapter à la variation de charge", avec davantage de "visibilité sur l'ensemble de la chaîne de valeur (supply chain)" et donc "capable de réorganiser ses moyens et flux de production", avec demain "des clients qui lanceront eux-mêmes la fabrication de leurs produits".

Un autre aspect de l’entreprise agile concerne l’économie collaborative : "des entreprises se regrouperont pour travailler sur des projets communs", elles "partageront leurs moyens de fabrication et leurs équipements." L’entreprise sera "étendue aux partenaires, aux centres de recherche et développement", elle sera "capable d'intégrer la culture scientifique et de capitaliser l'expérience" et saura "gérer l'innovation ouverte en abolissant des frontières culturelles", une "open innovation" forte de "collaborations avec des entreprises innovantes". Demain, l’entreprise agile "saura d’une part où trouver rapidement les compétences qu'elle n'a pas, d’autre part partager certaines de ses compétences avec d'autres entreprises : employés en temps partagés avec d'autres entreprises, par exemple webmarketing, ingénieur R&D, designer..."

Les participants ont également exprimé leurs attentes par rapport à ce groupe de travail. Partager des expériences menées ou éprouvées, notamment sur les bonnes pratiques managériales et sur des modèles d'organisation performants et propices au bien-être des collaborateurs, impulser une dynamique apprenante au sein du groupe, identifier, co-construire des bonnes pratiques éprouvées ou à éprouver, et pourquoi pas construire un référentiel RH pour l'industrie du futur.

Sur proposition d’EDF, la CCI Alsace a également invité Jean-Philippe Bootz, Maître de conférences à l’EM Strasbourg, à participer au groupe de travail. "Ce qui m’intéresse dans ce groupe de travail, c’est d’observer, accompagner et participer à l'émergence d'une communauté de pratique centrée sur le facteur humain", précise Jean-Philippe, qui est également en tant que responsable de la Chaire Management des connaissance, une chaire soutenue par EDF et ÉS, qui étudie particulièrement les communautés de pratiques.

A l’issue de cette première réunion de travail, l’ensemble des participants s’accordaient sur un mot d’ordre commun : l'humain doit être et sera au centre de l'Usine du futur.


Le groupe de travail "Le facteur humain dans l’usine du futur"


Pilote : Mireille Hahnschutz, conseillère industrie à la CCI Alsace

Participants : Benoît Basier (Corderie Meyer Sansboeuf), Anne Bertrand (Meca Service), Bernard Bloch (EDF), Jean-Philippe Bootz (EM Strasbourg Business School > Chaire Management des connaissances), Georges Cierzniak (Spirotec), Mathieu Greffe (Wolfberger), Franck Keiffer et Stephan Kohler (Liebherr), Philippe Klein (Sew Usocome), Bernard Lambert (Wanzl), Guillaume Lillig et Manuel Simoes (CPC Analytics), Gilles Noeppel (Almedia), Aurélie Peney (Aldès) Benoît Pernet (Impreglon), Mathieu Rollet (NSC Schlumberger), Etienne Wathle (Alpaci)

Coaches des premières sessions : Marcellin Grandjean et Florence Rémy.



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mardi 10 novembre 2009

7,30 € le poème


McDonald’s, j'ai faim
C'n’est pas bon pour ma ligneMais j'ai faim
Quick faim Mais chez McDo En l'absence de Quick
Sur ma route
Miam miam
J'commande un Coca Zéro
Un Royal Bacon
et un Royal Cheese
J'ai une grande gueule mais
Même le Big Mac
N'y entre pas
Mais je commande quand même
Un repas royal

Assis j'entame mon Royal Cheese
... Qui n'a de royal que le nom
Un papier insipide et graisseux
Emballant un burger avalé en six bouchées

Le Royal Bacon semble plus emballant
Et plus royal
Une boîte cadeau cartonnée contenant
Un burger ressemblant davantage
...à un burger
C'est déjà plus mieux miam miam
Je mords à pleine dents
Et déguste chaque bouchée
Et il m'en faut près de
Quinze pour en venir à bout

Voilà
Dix minutes plus tard
J’ai mangé et écrit deux McDo

Et dire que je voulais faire
De la Mc socio-fusion,
De la sociologie appliquée à la clientèle de McDo
En échos à mes variations écrites en juillet à La place
Ce sera pour une autre fois

Juste avant de partir
Je lève les yeux et lis la pub devant moi :
"Mc Flurry, Invente ta recette"
Montrant deux pots de crème
Arrosés chacun d'un filet de chocolat
Le tout entourés de Carambars, de M&M's, de KitKats,
de Daims (?) et de Crumble (marque déposée ?)
Plutôt une bonne idée marketing ce Mc Flurry…
... Sauf qu'en bas est écrit :
Pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas.

McDo vient d'inventer un nouveau truc : le grignotage pendant les repas

Sûr que dès cet après-midi je vais vite voir à quoi ressemble ce fameux
www.mangerbouger.fr qui conclut toutes ces pub alimentairement incorrectes


Strasbourg, le 10/11/2009, McD’Oberhausbergen

samedi 24 octobre 2009

14 milliards d’années en deux jours



Avant hier jeudi, j'assistais à une conférence d'Yves Coppens. 1h30 de conférence passionnée et passionnante pour résumer 14 milliards d'années et conclure que l'homme n'en est qu'à son adolescence. 
"En 1830, nous étions 1 milliard, aujourd'hui 6 milliards, c'est plutôt un signe de bonne santé !" 
Merci Monsieur Coppens !

A propos de bonne santé, hier vendredi, j'ai participé à un petit déj' en compagnie de Beigbeder, un Frédéric ma foi bien vodkaïné. C'est sûr que cela doit le changer des narco-souvenirs qu'il décrit dans son dernier livre (que je vous conseille de lire au même titre que Windows on the world !). Un de nos rares écrivains contemporains digne de ce nom. Du désenchantement et des notes d'espoir pour ce porte-parole de ma génération. A la fin, au moment où je lui faisais signer mon Roman français, je lui ai transmis une carte de visite qu'il a mis dans sa poche et sur laquelle je lui conseillais de lire A l'Est d'Eden, qu'il m'a dit n'avoir que vu au ciné mais pas lu. Certain que cela lui fera le plus grand bien, pour mieux comprendre sa relation avec ses parents et son frère modèle. Mais je pense qu'il a déjà jeté ma carte de visite...

Si tous les jours étaient ainsi...

Ostwald, le 24 octobre 2009.

jeudi 23 juillet 2009

Étonnement (petit hommage à Richard Brautigan)

Seul à la table des Bons Crus d'Alsace, j'attends trois entraîneurs de mon club pour affiner l'organisation et les défis sportifs et éducatifs à relever pour la saison prochaine. Ils vont me voir avec un Perrier rondelle. Ils vont me demander si je suis au régime.

Comment leur dire que je viens de boire déjà deux Licorne en écrivant un poème en prose et cinq variations ?

Strasbourg, Aux bons crus d'Alsace, le 23 juillet 2009, 19h57.

Un poème en prose et cinq variations


Strasbourg, La Place, le 23 juillet 2009, 18h38.

Pour une fois, je commence par la fin. Évidemment, il va me falloir remonter un peu le temps pour vous raconter ce qui précède... l'instant où j'écris ces lignes, évidemment. En fait, je n'en ferais rien car je voulais simplement savoir si, en commençant par la fin, l'inspiration me viendrait également. Voire autrement. Et bien Désolé, chère lectrice, ou cher lecteur.

Pour la forme, je finirais quand même par le titre.

Un poème en prose et cinq variations


Variation numéro 1. Ou presque.

Strasbourg, La Place, le 23 juillet 2009, 18h47.
Pour une fois, je commence par la fin. Évidemment, je vais devoir remonter un peu le temps pour vous raconter ce qui précède. Enfin, ce qui précède l'instant où j'écris ces lignes, évidemment. En fait, pas du tout. Je voulais simplement voir si, en commençant par la fin, l'inspiration me viendrait également. Voire autrement. Et bien nada. Rien. Pas une idée originale. Quoique.

Variation numéro 2. Ou presque.

Strasbourg, La Place, le 23 juillet 2009, 18h53.
Pour une fois, je commence par la fin. Évidemment, je vais devoir remonter un peu le temps pour raconter ce qui m''est arrivé avant. Il était 18h37 quand je me suis assis à la terrasse de La Place, un resto branchouillard de la Place des Drapiers. Je m'étais dis en gros "Un troquet, une dose d'alcool, une idée". Mais une fois assis devant une Licorne, nada. Rien. Pas une idée originale. Je me suis dis alors Commence par la fin. Alors, j'ai commencé par écrire le lieu, la date et l'heure, comme je conclus habituellement. Et puis, j'ai voulu voir si, en commençant par la fin, l'inspiration me viendrait également. Voire autrement. Et bien nada. Rien. Pas une idée originale. Quoique.

Variation numéro 3. Ou presque.

Strasbourg, La Place, le 23 juillet 2009, 19h03.
Pour une fois, je commence par la fin. Évidemment, je vais devoir remonter un peu le temps pour raconter ce qui m''est arrivé avant. Il était 18h37 quand je me suis assis à la terrasse de La Place, un resto branchouillard de la Place des Drapiers. Je m'étais dis en gros "je vais écrire en sirotant une bonne Leffe. Mais une fois assis devant une Licorne, nada. Rien. Pas une idée originale. J'ai eu beau commencé par la fin, je n'avais pas vraiment d'inspiration. Alors, j'ai brodé autour de cette réalité. Mais ce n'était pas une idée originale. Quoique.

Variation numéro 4. Ou presque.

Strasbourg, La Place, le 23 juillet 2009, 19h09.
Il bruine un peu par intermittence et je me suis donc déplacé de cinq mètres, sous le store. C'était déjà le cas pour la Variation précédente, mais ce n'était pas le sujet. Quoique.

Variation numéro 5. Ou presque.

Strasbourg, La Place, le 23 juillet 2009, 19h15.
Je suis assis à la terrasse de La Place, un resto branchouillard de la Place des Drapiers. Je m'suis dit "Un troquet, une idée". J'ai mis du temps avant de me rendre compte que le temps jouait en ma faveur. Après quelques variations sur le même thème - mais tout le monde ne s'appelle pas Raymond Queneau - j'ai fini par retrouver mon rythme et mon inspiration d'observateur du temps qui passe. Ma séance de shiatsu aura mis exactement 43 minutes pour ramener mon stress à un état de créativité acceptable. J'étais donc assis à une terrasse et, l'air de rien, tout en écrivant, je captais des bribes de sens. Deux jeunes bourges d'une vingtaine d'années s'asseyant à la table devant moi, vêtues BCBG. Elles commandent ce que j'imagine être deux jus de fruits pressés. Je continue à écrire puis je vois le serveur déposer sur leur table un Monaco et un verre de vin blanc.

Je replonge dans mon PDA et j'entends une conversation. La serveuse parle anglais, des femmes parlent anglais puis une autre langue, arabe me semble-t-il. Je lève les yeux, une femme voilée et quatre jeunes filles, dont l'une voilée également. Je continue mes variations. A l'instant je fais un tour d'horizon. Les bourges s'en vont, à vélo (normal, on est à Strasbourg), les deux amoureux se sont rapprochés, je regarde derrière moi, trois filles de vingt ans, une rousse, une blonde et une brune qui croise mon regard, de très beaux yeux, un sourire, mais bon, je suis assis tout seul à la table d'un restaurant sous un store, j'ai vingt ans de plus qu'elles, des cheveux gris, un PDA en mains, elles doivent me prendre pour un vieux qui, même à 19h35, continue de bosser. Quoique.


Strasbourg, La Place, le 23 juillet 2009, 19h40.